EDITO
Mémoires : Juxtaposition de fragments de vie, regards divers de ceux qui s'emploient à mettre la plume au service des témoins.
Jouer seul où jouer avec d'autres ? Trouver le lieu qui nous unit, reconnaître le soi chez l'autre. L'individu ne peut pas être le seul constructeur de sa destinée.
Alors jouons ensemble, ici et là, réinventons la règle du jeu, le jeu en vaut bien la chandelle.
Dans ce numéro 9 vous rencontrerez :
René Mouchet, un homme réfléchi qui s'est impliqué dans l'Histoire.
Odette Fayolle qui s'est inscrite dans la chanson française.
Michel Perrichon qui, appuyé par les siens, a triomphé de l'adversité.
Camille qui a été de toutes les bonnes causes.
Athanase Varonakis (Nasso) dans un essai poétique.
La fantaisie est un printemps perpétuel
Avant la deuxième guerre mondiale, les chanteuses réalistes sévissaient sur les scènes, sinistres et tristes à mourir. Après la guerre, les gens avaient envie de gaîté, de bonne humeur et de chanteuses fantaisistes, la fontainoise Lily Fayol était une de celles-là avec beaucoup d'autres cordes à son arc.
Odette Fayolle est née à Allevard, ses parents s'installent rue Aubert à Fontaine quand elle a 4 ans. Elle est petit rat dès l'âge de 5 ans, puis devient danseuse classique au théâtre municipal à Grenoble puis à Lyon.

Ses Chansons sont fraîches et pleines de fantaisie. Venez les (re)découvrir au local - Mémoires - 50, avenue Aristide Briand.
Elle monte plus tard avec un partenaire, fait rare à l'époque, un numéro de danse acrobatique, sous le nom de Baby et Davis, et retournent un peu partout dans le monde jusqu'en Amérique du Sud.
En 1939, quand la guerre éclate, elle reste bloquée à Dakar. Son partenaire est mobilisé, elle devient directrice artistique, apprend à danser à une centaine de petites Africaines et elle monte un ballet avec elles.
En 1944, elle rencontre l'amour de sa vie, Maurice Roux, le plus jeune coureur cycliste professionnel français d'avant guerre…sur un home-trainer au cirque royal de Belgique. Il est dans une pension de famille tenue par une grosse hollandaise. Elle chante dans le cirque.
Comédienne de la chanson et fantaisiste née, cette femme drôle et belle se place en quelques mois parmi les vedettes actuelles du tour de chant.

A M et Mr Natale De Marchi, toute ma sympathie et une grosse bise - Lily Fayol
Lily Fayol monte la première revue après guerre, au Casino de Paris, et elle est aussi la première artiste française à aller aux Etats-Unis aux côtés de Charles Trenet. La Paramount veut l'engager pendant 7 ans, mais elle refuse pour ne pas être loin de son mari. Leur amour est quotidien et sans nuage, après sa carrière de cycliste, il lui sert de chauffeur dans ses tournées.
Elle chante en première partie de Tino Rossi dont elle sera la partenaire au cinéma dans " Marlène " en 1948.
Lily est la reine du critérium du Dauphiné Libéré en 1949 et 1952 et des 6 jours de Paris en 1950. Elle anime les soirées des tournées de fin d'étape de trois Tour de France.
Lily chante sur un porte avion américain au profit de l'association " l'enfant bleu " à la demande de monsieur Reynaud président de " l'Amitié France-Amérique " pour financer le premier cœur artificiel du monde. Elle demande aux 3500 matelots présents de donner chacun un dollar, ce que tout le monde accepte de bon cœur.
Après une brillante carrière dans la chanson fantaisiste, Lily laisse sa place à Annie Cordy et monte un restaurant cabaret à Chamrousse qu'elle anime avec beaucoup de succès. A la demande des élus, elle devient Présidente du Syndicat d'initiative de la nouvelle commune. Elle y organise le plus haut critérium cycliste d'Europe.
Elle transforme aussi le château de Cheronnac en relais de campagne.
Lily tourne encore dans tous les films de son ami Pierre Tchernia, et avec Jean-Paul Belmondo dans " le Guignolo " de Georges Lautner. Pour la télévision, elle joue dans " Les cinq dernières minutes " et " Médecins de nuit ".
En 1987, elle décide d'épouser Maurice Roux, 43 ans après leur première rencontre…
Lily Fayol se retire sur la Côte d'Azur. Très fidèle en amitié avec notamment les chanteurs André Claveau et le Grenoblois Jean Dréjac, tous deux disparus cette année, elle garde des liens avec la région de son enfance. Elle interprète à Crolles la totalité de ses succès pour les 55 ans de scène des clowns Carmine et Gil au côté de la chanteuse Rina Ketty et du magicien Garcimore en juin 1993. C'est le chant du cygne pour toutes ces personnes.
Elle décède le 15 mai 1999 chez elle à Saint-Raphaêl, laissant une perte irréparable dans le cœur de son mari.
Maurice Roux
Propos recueillis par Denis Guignier
Résolu et résistant
Ce que je sais de la Résistance, c'est plus tard que je l'ai appris ; c'est aussi après la guerre que j'ai connu et rencontré d'autres résistants ".
C'est ainsi que l'entretien avec René Mouchet, le Résistant, a commencé.
" Né à Virieu-sur-Bourbre, où j'ai passé mon enfance, ma famille s'est installée ensuite à Pont-de-Beauvoisin où j'ai fait mes études primaires, puis au collège professionnel. Mes parents, mes professeurs, mon entourage m'avaient ouvert sur des idées républicaines et antifascistes ".
Juin 1940 - C'est l'invasion allemande. J'ai 15 ans, je vois les chars allemands arriver à Pont-de-Beauvoisin ; les soldats se sont répandus dans le pays. On les trouvait très " korrects " avec la population ; ils étaient polis et même serviables. Mais j'avais lu " mein kampf ", acheté par mon père avant la guerre, et j'en avais assez compris pour savoir qu'Hitler voulait régler ses comptes à la France.

Un groupe de jeune resistant faisant parti de la première section du groupe Nord du Vercors - Photos de M. Genevois
Arrive l'armistice, puis les lois de Pétain que le nouveau " Maire " (nommé par Vichy) fait appliquer. Conséquence : mon père, militant laïque et syndicaliste de gauche qui travaillait à Force et Lumière (ancienne E.D.F.) est victime de mesures discriminatoires ; il est déplacé et muté sur Grenoble. Nous trouvons un logement à Seyssinet ; moi, je suis embauché par Merlin-Gerin à la Fonderie de Fontaine d'abord, puis à l'usine de Grenoble.
A cette époque, j'écoutais les radios libres : Londres, Moscou et parfois Boston (la voix de l'Amérique) et je réfléchissais comment je pourrais rendre service : faire quelque chose pour mon pays, trouver un moyen de lutter contre l'occupant…

A la fonderie, un jour, je vois des dessins qui arrivent : des plans en allemand pour la Kriegs Marine et on reçoit des coffrets d'inter-rupteurs pour les sous-marins.
J'en parle à des copains ; nous n'étions pas du tout organisés, mais nous nous posions des questions. Certains suggéraient de trouver de la dynamite pour les faire sauter. Je dis : " non c'est trop dangereux pour les gars ". Mon jeune frère, apprenti chez Thompson-Houston, me déclare " nous, nous réparons des camions-radio pour les italiens et, de temps en temps, il y en a un qui explose… ". Je lui réponds : " Eh bien nous, on travaille pour la marine allemande ".
Peu après, deux gars m'attendaient devant chez moi. On parle de la pluie et du beau temps, personne n'osait se mouiller. Au bout d'un moment, je me décide : " alors, vous venez parce que mon frère vous a dit que… ".
A partir de ce jour, j'ai été incorporé à un " triangle " ou trio. C'était le F.U.J. (Front Uni de la Jeunesse patriotique). Je ne savais rien, je ne savais pas du tout qui c'était.
En réalité, c'était le mouvement jeunesse des F. T. P. (Francs-Tireurs et Partisans).
Le " triangle " était composé de Gaston Bouvier, la pointe du triangle, de Bergeret et de moi-même. On a alors décidé de faire sauter le transformateur, chez Merlin. On a posé une bombe incendiaire qui n'a jamais voulu partir ; j'ai dû la récupérer à l'aube et la jeter dans le Drac.
Puis vinrent nos premiers vrais actes de résistance : nous avons décidé de saboter les transformateurs que nous fabriquions pour la marine allemande. Sans contact réel, c'était un acte spontané. Certains moyens pouvaient faire exploser les transfos et mettre en danger des manipulateurs innocents. C'est alors qu'un chef de laboratoire, Zuckermann, nous a donné "l'astuce" : le moyen de saboter, sans danger et sans que cela se remarque tout de suite : "c'est de pisser dedans ! ".
Les transfos fonctionnaient avec de l'huile (fournie par les allemands) l'urine, plus lourde, allait au fond. Aux premiers essais, en y allant doucement, cela marchait : l'appareil était poinçonné et partait. Plus tard, quand il était mis en service, une circulation se mettait en route pour le refroidir ; là, l'urine pleine de sels conducteurs qui se mélangeant à l'huile provoquaient la panne. On voyait revenir les transformateurs après plusieurs mois… ils étaient " bousillés " !
A cette époque, j'ai connu Marco Lipszic, chez Merlin ; il nous conseillait : " ne faîtes pas d'imprudence, les jeunes ". Je l'avais jugé timoré et tiède, ne me doutant pas qu'il était, à ce moment, un des plus importants chefs de la Résistance en Isère : le Commandant Lenoir (son nom dans la clandestinité) qui fut arrêté à Fontaine et fusillé par les nazis en juillet 1944, au Pas de l'Ecureuil.
Quant à Zuckermann, notre conseiller, je n'en ai plus entendu parler. Je n'ai pas pu retrouver sa trace ; comme il était juif, je crains qu'il ait fini en fumée dans un camp d'extermination en Pologne.
Un jour, notre " triangle " est désigné pour mettre des pétards (cartouches de dynamite) devant des portes de miliciens sur le cours Jean-Jaurès, à Grenoble. On les a posés, on a mis les mèches, puis on s'est reculé, mais, comme de jeunes idiots, pas trop loin pour profiter de l'effet… et nous avons été repérés par des policiers français. Ils ont tiré et ont réussi à arrêter Bouvier, le chef du triangle
Dès lors, plus aucun contact, aucun ordre et une peur bleue : si Gaston parlait…

Carte d'ancien combattant de la résistance de René Mouchet
Je suis cependant retourné au travail et on a recommencé à pisser dans les transfos et on a mis du sable dans les disjoncteurs à air comprimé.
Chez Merlin, je commençais à me sentir en danger et, fin 1943, j'ai été contacté par des résistants qui préparaient " le plan montagnard du Vercors ". Pour moi, passer de l'un à l'autre, cela ne me posait pas de problème ; c'était toujours la Résistance.
Après, il y a eu le maquis, avec des hauts et des bas… "
René Mouchet ne m'en a pas dit plus ce jour-là ! Peut-être une autre fois ?
Après la guerre, il a repris son travail chez Merlin-Gerin où il a terminé comme ingénieur principal ; il a tenu, pendant de longues années, des responsabilités au sein du Bureau National de l'A.N.A.C.R. (Association Nationale des Anciens Combattants et Résistants) que sa santé ne lui permet plus d'assurer actuellement.
Bergeret a travaillé, après la guerre, à l'Ecole Vaucanson, en qualité de moniteur.
Gaston Bouvier a survécu à la déportation, mais il est mort pendant son voyage de retour.
Propos de René Mouchet recueillis par Suzon Jadeau
- Mémoires - Avec le soutien de la Ville de Fontaine, du Conseil Général de l'Isère, de l'Etat (D.D.E), du Feder-Pic-Urban, de la Metro, du Fasild, de la région Rhône-Alpes.
50, avenue Aristide Briand - 38600 Fontaine
Tél. : 04 76 53 22 16
E-mail : memoire.present@club-internet.fr
www.memoireaupresent.com
Horaires d'ouverture :
Lundi : 17 H - 19 H
Mardi : 14 H - 17 H
Vendredi : 9H - 12 H

Ont contribué à ce numéro:
Denis Guignier, Marylin Païs, Suzon Jadeau, Michel Perrichon, Philippe Giuliana, René Mouchet, Maurice Roux, Serge Lambert, Christiane Soulat, Gilles Cochet, Ambroise Di Dio, Stelline Riggi et Athanase Varonakis, avec le soutien du service DSU - vie de quartiers et de l'ADATE.
- Maquette du journal : Valérie Le Garroy.
- Imprimerie des Eaux-Claires.
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Chercheurs de lumière
Au centre Bayard de la Poya ( à l'emplacement de l'actuel Lycée Jacques Prevert) en 1947, on jouait à la pyramide humaine.
Encore pratiquée aujourd'hui en Catalagne sa devise est " tous ensemble nous ferons tout".
Ce jeu a la particularité de permettre à chacun de " jouer sa partie " mais ne peut réussir que dans la volonté de construire ensemble quelque chose.
Il court, il court...
1941, un jeune prisonnier marche au pas auprès de ses compagnons de cellule. Ils marchent depuis des heures, les copains le désignent pour tenter de trouver de l'eau. A l'insu du surveillant, il s'arrête dans un bistrot qui borde le chemin. Le temps de remplir toutes les gourdes, il sort mais le peloton a disparu.
Dans sa tête, ça ne fait qu'un tour. Il est libre, libre !
Mais il réfléchit, il imagine le pire.
La peur au ventre, il décide de rattraper le peloton. Il court, il court vite ; il aperçoit les soldats au loin, les rattrape et rentre dans le rang. Voici une des anecdotes de Monsieur Perrichon, en effet cet homme a couru bien d'autres courses dans sa vie ; je vous invite à les découvrir.
Je suis né le 17 mai 1919 à Cessieu. J'arrive en troisième position sur neuf enfants. Je me nomme Michel.
Raymonde et Paul sont mes aînés ; Anne-Marie, Marcel, Marguerite, Ernest, Georges, et Bernard qui me succèdent.
Je vis dans une chaleureuse famille où il règne une bonne entente avec mes frères et sœurs. A l'adolescence, je découvre un sport magnifique " le football ", pour moi c'est une révélation ! Je veux tout quitter et devenir footballeur, mais pour mon père, il n'en est pas question.
Il faut continuer les études pour avoir un bon métier. J'obéis donc aux souhaits de papa, mais ce qui me plait le plus à l'école c'est la récréation, car je peux jouer au ballon avec les copains. J'adore tous les sports, mais le foot c'est quelque chose!

1935, La Tour du Pin, Michel a 16 ans.
Interne à la Tour du Pin : le 5 décembre 1935, je fais partie d'une équipe de footballeurs. Mon plaisir est immense, nous sommes dans les vestiaires et avec mes camarades nous nous préparons pour un match important. Je suis fier car j'ai des chaussures de foot toutes neuves. Mais au moment de les enfiler, elles sont introuvables! Je suppose qu'elles ont tenté un de mes camarades. Un ami me propose les siennes.
Je suis heureux, l'équipe adverse est intéressante. Sur le terrain, j'ai des ailes, il y a une bonne coordination entre nous, de bons passages de balle, mais j'ai de plus en plus mal au pied car tous les ballons passent par moi. Je continue de jouer, nous gagnons, mais j'ai l'impression que mon pied va exploser. J'ai hâte de terminer ce match, pourtant ça n'est pas mon habitude. Je souffle, je souffre, je ne suis pas bien du tout. Le sifflet retentit et je ressens un soulagement. En enlevant mes chaussures, je m'aperçois que mon pied a des ampoules et il est tout infecté. Après une douche douloureuse, je monte dans ma chambre : un dortoir de 40 lits. Je m'écroule littéralement. Durant quatre jours je n'ai pas quitté le lit ; la fièvre m'a envahi mais, mes camarades de chambrée ne s'aperçoivent pas que je suis au plus mal. Je ne sens plus mes jambes, la fièvre monte jusqu'à 41 et 7°. Au bout du quatrième jour, un copain va chercher l'infirmière, et je suis transporté à l'hôpital de Lyon.
La souffrance de mon pied est soulagée, mais au bout de trois semaines les médecins diagnostiquent une septicémie et un staphylocoque, et encore je ne sais quoi ….
Je suis un cas rare, tous les jours j'ai trente toubibs autour de moi. J'ai 16 ans et il n'y a que des vieux dans ce service.
Les médicaments, les analyses, les examens … je sors enfin.
Chez moi, des jours ça va et brusquement j'ai mal aux jambes, Je crache du sang…
Toute la famille est affolée.
Je vacille et une de mes sœurs m'aide pour marcher. Et des jours ça va bien. Certaines nuits je me réveille en hurlant, j'ai des abcès aux reins, c'est l'horreur pour moi !
Je prends 24 aspirines par jour, ça me soulage.
Un jour, j'entends le docteur dire à mon père : " quand il n'y a plus de charbon dans la machine, elle s'arrête ".
Mon père est facteur, entre deux tournées, il passe à la maison et de ma chambre je l'entends demander à ma mère " il est encore là, le petit, " et ma mère lui répond d'un signe de la tête. Pendant des jours j'entends la même question et tout le monde pense que je vais bientôt mourir. Mais moi avec l'amour de ma famille, je lutte, je me force à manger, mes frères et sœurs sont là pour moi. Au bout de quatre ans, je me sens de mieux en mieux, maman sait maintenant que je suis sauvé !
J'aime la marche, je fais de grandes promenades, je joue aux boules avec mon frère Paul et la naissance de mes neveux me remplit de bonheur.

1942, de retour chez lui, il envoie des colis à ses copains restés en Allemagne.
En novembre 1939, après une visite médicale pour l'armée, je passe sous silence mes soucis de santé, car c'est un devoir pour moi d'effectuer mon service militaire. Ce jour là, ça va, je suis donc admis pour faire mon service dans l'Infanterie, puis en juin 1940, je suis appelé à la guerre. En Allemagne, je suis prisonnier, je reste en captivité pendant 22 mois. Durant ces longs mois, j'écris à ma famille, les nouvelles de mes neveux me remplissent de joie, les colis que m'envoie maman me réconfortent.
En mars 1942, je reviens à la maison comme soutien de famille. La vie reprend son cours pour moi.
Lors d'une soirée d'octobre avec les jeunes de mon âge, nous décidons d'aller au cinéma qui est à 6 km de là, nous y allons en train. Mais au retour, nous sommes obligés de rentrer à pied car il n'y a plus de correspondance à cette heure-ci.
Il fait nuit noire, de plus il y a extinction des feux. Je fais donc le chemin avec deux jeunes filles. Nous avons marché dans la pénombre, en tout bien tout honneur, et il y a une des demoiselles qui me plait beaucoup. Elle est boulangère dans mon village. J'ai cherché à la revoir et depuis nous ne nous sommes plus quittés. Je l'ai épousé le 18 septembre 1943 et nous avons trois enfants. Nous avons tenu différentes succursales d'alimentation en couple, et lorsque ma femme est tombée malade, j'ai tenu seul le CASINO, avenue du Vercors à Fontaine.
J'ai trois petits enfants, ils sont sportifs mais malheureusement pas footballeurs !!!
En 1976, l'heure de ma retraite sonne. Il est trop tard pour jouer au foot, je regarde bien les matchs à la télé, mais être sur le terrain c'est tellement mieux !
Les feuilletons à l'eau de rose ce n'est pas pour moi !
Je n'habite pas très loin des bois de Vouillands. Très vite, ce lieu devient mon terrain de prédilection. Après le repas, de 13 à 18 heures, je cours dans la forêt, je croise des jeunes, des retraités, des enfants…Je connais le moindre bosquet, toutes les pierres, les arbres, je suis heureux d'être dans ce coin de paradis ! J'apprécie la solitude, je monte et je descends. Petit à petit, je ne peux plus m'en passer, j'adore ça !
Je n'emmène jamais rien avec moi, ni eau, ni autre chose. Je fais 25 kms par jour.

Arrivée du 10 km du Dauphiné Libéré - 1998 - Photo Dauphiné Libéré.
J'aime tellement ça, que je m'inscris dans des courses à pied ; comme les 10 km du Dauphiné Libéré.
Ma vitesse de croisière c'est 6 km/heure, mais moi ce qui me plait c'est le public qui nous encourage tout au long de la course. Pour moi, ce qui compte c'est de pouvoir participer, chacun fait ce qu'il peut. J'ai de la chance car je ne suis jamais essoufflé, bien sûr je suis distancé par les jeunes mais je m'en fiche, je suis tellement heureux quand je cours !
J'ai couru aux côtés de Durand Henri, un vétéran, Champion de France et du Monde de biathlon des neiges, spécialiste de courses en montagne. Quel honneur pour moi. Je suis fier de faire des parcours avec toutes les générations, c'est formidable.
J'ai en mémoire une course avec le Dauphiné. Tous les concurrents avaient franchi la ligne d'arrivée : avec un homme un peu plus âgé que moi, nous courrons côte à côte à la même cadence, un des organisateurs nous suit à vélo. Il nous encourage, nous motive, la foule nous applaudit, j'entends des cris, des rires.... A la vue de la banderole d'arrivée, je prends mon coéquipier par les épaules, mais il se débat, il ne veut pas. Je lui prends la main et nous franchissons l'arrivée ensemble.Tout le monde nous acclame, quelle journée!
Ces derniers temps, je marche lentement, je n'ai plus la force de marcher longtemps et je me balade avec mes cachets, mes jambes sont fatiguées…
A présent ce qui me remplit de joie, ce sont mes enfants et petits enfants.
Je vis avec mon passé pour que l'avenir soit meilleur pour tous : " C'est ma devise ".
Mais j'ai gagné le droit de vivre jusqu'à aujourd'hui avec ma famille et ma femme.
Je suis très heureux car le 18 septembre 2003 nous avons fêté nos 60 ans de mariage.
Michel Perrichon
Propos recueillis par Maryline Païs
1939 - Michel fait son service militaire, il a 20 ans, il envoie une lettre sa parents...
Romans le 30.11-39
Bien chers Parents
Je profite de ce que les autres sont après travailler pour vous écrire un peu. Nous sommes à peu près installé ; Malheureusement il n'y a pas de cantine mais ils sont après y monté une. Je suis à peu près habillé. Je ne manque pas trop mal avec des vêtements tout neuf. Des treillis presque blanc. J'ai été séparé de tous mes copains mais j'en ai retrouvé d'autres et peut-être aujourd'hui il en arrivera encore. Pour coucher nous avons une espèce de grange a courant d'air. Au dessus de la porte il y a une ouverture ou l'air passe comme il veut. Mais il y en a qui seront encore plus mal que moi car j'ai choisi ma place dans le coin le plus a l'abri de l'air à cote d'un copain bien gentil qui a un cousin à 200 m de la caserne, qui se trouve elle même a 400 m de la gare. C'est vous dire que je pense déjà à la prochaine perm. Legraiy de Bourgoin est avec moi, un de Chalons, un de Lyon et un dénommé Gianéses un italien naturalisé, certainement mon meilleur copain jusqu'à aujourd'hui. C'est le beau frère de Nino Lozzarotto de St Clair, le demi droit de l'équipe de foot-ball. Pour le moment nous sommes 80 et il faut que l'on soit 200. Nous nous en faisons pas et moi encore moins que beaucoup d'autres. Pour se coucher on ajuste un peu de paille mais moi j'en ais eu plus que beaucoup d'autres car je commence a me débrouiller. Il y a une espèce de toile un peu dure, pas de matelas rien, puis j'ai mis une couverture dessus et 2 dessus et lorsque j'aurais froid je mettrais ma capote encore dessus. Ce matin au contraire d'hier et d'ailleurs ça ne fait que com ce n'est que le début et d'autres y trouve encore plus dure que moi. J'ai eu droit ce matin à un petit canon de vin pour avoir porter deux moellons pour construire la cantine. Les gradés n'ont pas l'aires trop terribles. J'ai appris à saluer ce matin je ne m'en suis pas trop mal tiré. Pour le moment c'est le plus important car on ne peut pas sortir en ville si on ne sait pas saluer.
Enfin vous voyez que je ne m'en fait pas trop et surtout ne vous en faites pas pour moi.
Recevez bien chers Parents les plus tendres baisers de votre fils.
Perrichon Michel
CA G.U.I.1
Dépôt 144
Romans
(Drôme)
Le sac de Camille
II faut être Fontainois depuis plus de dix ans pour avoir en mémoire l'image de Camille, Camille Arribat.
Camille, ce prénom asexué, lui allait pourtant très bien, elle qui se préoccupait surtout de faire gagner aux femmes plus de droits et plus de dignité.
Je la revois si nettement Camille, brune, silhouette large, démarche difficile, voix éclatante et forte à I'accent méridional, et, complétant le tout, un cartable ou un cabas a la main.
Camille et le cabas merveilleux d'où elle sortait selon I'interlocuteur, la circonstance ou le moment de I'année : une carte d'inscription a I'union des femmes françaises, une pogne des rois, une pétition a signer pour les allocations familiales, la paix en Algérie ou I'ouverture d'une classe, un bon de soutien pour le 8 mars, un billet de tombola.

Malgré ses rhumatismes, sa marche difficile, on la rencontrait partout ou il y avait des gens à rencontrer, sinon, elle allait au devant d'eux, au marché, dans la rue, dans les immeubles, aux sorties d'écoles... Infatigable, croyait-on!
On la rencontrait, faisant de I'auto-stop a un carrefour de la ville, de I'agglomération, du département car elle ne limitait pas ses activités à Fontaine. Combien d'entre nous I'ont prise en stop ?
Qui savait qu'elle avait un grand passé de résistante dès les débuts en 1940 ? Arrêtée, emprisonnée, déplacée, elle était venue à Fontaine finir sa carrière d'institutrice.
Etant à I'origine de la création de I'UFF, c'était surtout I'UFF qu'on voyait en l'apercevant.
Petit à petit je ne peux plus m'en passer, qui voyait Camille et son sac, savait qu'il donnerait 10F, 50F, pour la cause des femmes et son action. D'autres, fatigués parfois, sachant qu'il était difficile de refuser, préféraient I'éviter et changer de trottoir.
Moi, qui épousais cette cause sans vouloir y militer, je lui achetais régulièrement tout ce qu'elle me proposait pour lui faire plaisir. Je ne lui aurais d'ailleurs pas échappé, étant institutrice dans la même école qu'elle.
De son sac, Camille ne tirait pas seulement des objets destinés a soutenir ses actions revendicatives, financières, il en sortait aussi des idées.
Une de ces idées fut un projet éducatif en direction de femmes immigrées, mères d'enfants en difficultés scolaires. C'était en 1982, année de tous les espoirs. Année de création de la Zone d'Education Prioritaire "Gérard Philipe" dans laquelle je me verrai impliquée avec tout un groupe d'amies.
Jadis et aujourd'hui
" Nasso " Varonakis a participé au concours d'écriture proposé par nos amis de Travail et Culture à Roubaix, éditin 2003 de " tout n'est pas rose et violette " voici l'un des poèmes de sa livraison ;
A vous, lecteurs de nous dire vos réactions sur cette modeste (dit-il !) réflexion sur la place du travail et de la culture pour nous et nos enfants !
Travail et culture
Jadis et aujourd'hui
Jadis, le mot travail avait pour sens torture.
Aujourd'hui, la torture est d'être sans travail.
On voit se profiler dans chaque candidature
Le spectre du chômage comme un épouvantail
Jadis, seuls les nantis avaient droit au savoir,
Les serfs se contentaient de leur agriculture.
Aujourd'hui, on apprend tout et rien, par devoir,
Miroitant un emploi, ou mieux, une sinécure
Jadis c'était jadis, aujourd'hui c'est le présent,
Chacun doit exiger et travail et culture
En s'impliquant à fond sans être complaisant.
C'est du simple bon sens, pas de la littérature.
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