EDITO

Dans un grand quotidien régional, il y a quelques années, le journaliste local avait intitulé la rubrique destinée aux lecteurs fontainois ainsi : du Drac à la Poya…
Ça tombe bien. On a raconté dans les numéros précédents l’avenue Aristide Briand, la place du Néron ou la Bastille, tous riverains du Drac. Aujourd’hui, cap sur La Poya, le cœur historique de notre cité. Donnons un coup de projecteur à ce quartier méconnu et tellement discret qu’il passe inaperçu. Les nouveaux habitants ne le connaissent que par la gare du tram juste en face de « Géant ». Les plus anciens, pour son cimetière… Pour le découvrir, il faut prendre la route entre la concession Renault et l’église, longer le parc, contre la roche. C’est l’ancienne route de la Carrière. Elle se fraye un chemin entre les anciennes maisons dont on sent le passé chargé de souvenirs et d’histoires. Vous passerez devant les hautes grilles du Lycée Jacques Prévert. L’école de la Poya ! Combien de jeunes filles ont frèquenté ce Centre d’apprentissage… On y enseignait la cuisine, la couture, le repassage… Un prix « la fée du Logis » était décerné à la meilleure élève !
Loin des clichés carte postale, ce quartier nous est raconté par ses habitants qui y sont très attachés. C’est l’histoire de leurs parents, travailleurs de la terre, travailleurs de la pierre.
Ils en parlent comme de leur village, avec sa mairie, son curé, ses petits commerces, son école…
Nous fêtons aussi, notre championne du monde de Judo. Audrey Larizza, la petite dernière de cette famille dont le nom est étroitement lié au judo fontainois.Nous raconterons prochainement les pompiers, leur évolution avec la commune.
Nos mardis de permanence sont bien remplis. Les gens commencent à s’habituer à nos nouveaux locaux. Ils sont nombreux à venir discuter un moment, échanger des souvenirs, consulter des photos... Un jour supplémentaire de permanence se mettra en place les vendredis de 14h à 16h30.
Le comité de direction au grand complet, vous présente ses meilleurs vœux pour 2007.

Comité de rédaction


Du judo dans les tripes
Ce 16 septembre 2006 à Bercy, l’équipe de France féminine de judo, arrache tout dans son passage, et devient championne du monde par équipe pour la première fois de son histoire.
Les équipes nationales se coudoient entre elles, réparties en 7 catégories de poids des moins 48 kg à plus 78 kg, Celle qui a la majorité de victoires continue pour le tour suivant.
L’entraîneur Christophe Brunet fait confiance au moins de 52 kg, à la Fontainoise d’origine Audrey La Rizza émigrée à Orléans dans une compétition où on est bien loin du crêpage de chignons.

« Pour mon grand-père, gros bisous Audrey »

Audrey est pourtant restée onze mois sans combattre, à soigner une blessure au genou gauche.
Mais avant chaque championnat, elle demande conseil par téléphone à son grand-père, véritable sorcier des tatamis : Salvador La Rizza pour une prise particulière spécial finish pour chaque adversaire.
Cent secondes lui suffisent pour faire valser la slovène Nareks, troisième de l’Euro 2005.
Sa prochaine adversaire est une véritable terreur en la personne de la japonaise Yokosawa, vice championne du monde.
Audrey a les crocs, et trouve rapidement l’ouverture d’une roue autour du genou.
En finale, elle est opposée à un « monstre », la cubaine Del Valle. Audrey est plus morte de faim qu’elle et on a vite compris qu’elle ne va faire qu’une bouchée de la Cubaine.
Elle est proclamée meilleure combattante du championnat réussissant trois ippons (trois adversaires envoyées aux pâquerettes) en autant de matches, et fait la tournée le soir des télés…

On vient de partout se faire enseigner les bottes secrètes de Maître La Rizza, véritable magicien des tatamis…

1925… parce qu’ils ne sont pas trop potes avec Mussolini, 70 familles de Sommatino quittent la Sicile natale pour trouver du travail en France.
Parmi eux 3 frères et 2 cousins germains La Rizza s’installent en Isère.
Le père de Salvador, Sébastien travaille à la tannerie Guillaumet à Fontaine, sa mère Joséphine à la Viscose à Echirolles.
Ils habitent à La Poya dans la ferme Gava, puis dans plusieurs endroits de Grenoble.
Salvador a beau être né à La Tronche en 1927, il y a toujours des petits gosses à l’école de la rue Cornélie Gémond à Grenoble pour la lui arranger sa tronche, décrétant qu’il n’a pas selon eux le bon pedigree.
Comme il est surnommé fil de fer car très malingre, malgré son courage, il arrête tout avec son nez.
Parce qu’il ne veut plus que sa frimousse ressemble à un tableau de Picasso période bleue, il se met à courir après le sport…

Robert Pin, champion du monde militaire par équipe fête noël chez les La Rizza avec sa copine et Jocelyne Taschini une cousine de la famille.

A 14 ans en 1941, il fabrique avec son père des chaussures en semelle de bois rue Chenoise. C’est là qu’il rencontre sa future épouse Maria Taschini. Maria l’a beaucoup secondé dans l’ombre dans toute sa carrière sportive ou professionnelle.
Salvador s’engage à 17 ans au maquis du Vercors, puis dans les Corps Francs de la Chartreuse comme beaucoup d’indigènes venus d’ailleurs, d’Afrique noire et maghrébine.
Avec sa section, il participe à la libération de Grenoble et fait 13 prisonniers Allemands à Domène.
Après la guerre, il épouse Maria à Fontaine et travaille comme chauffeur de rivets à l’usine Soulage à Grenoble puis chauffeur aux DML transports, et termine chauffeur de taxi.
Tous ses exercices de chauffe font que Salvador s’est baraqué, il tâte la lutte comme le Lino Ventura d’avant le cinéma d’Audiard.
Ce n’est qu’en 1952 à 25 ans qu’il rencontre le judo, sport alors très peu connu en France.

La famille La Rizza en kimono : Marcel, Gilbert, Christiane, Salvador et les enfants : Audrey, Emmanuel et David le fils de Christiane.

Ce sport correspond parfaitement à Salvador car l’intelligence tactique compte plus que la force brute, et il y a toujours le respect de l’adversaire sans vouloir le détruire. (On n’est jamais trop poli au judo.)
Le professeur de l’époque à Fontaine s’appelle Philippe Messina. Les judokas s’entraînent dans l’arrière salle d’un café place du Néron ou au sous sol du Sacré-Cœur, (l’église au toit vert située en face de la gare de Grenoble).
Quand on fait ceinture en avant avec un bébé de 130 kilos dans les bras il vaut mieux vite piger la haute technique qui utilise la voltige plus que la force.
Salvador remarque que l’on peut inventer des prises et des coups de Jarnac dans ce monde de droitiers. Il arrive à prendre tous ses adversaires à rebrousse-poil.
Il passe tous les grades en une vitesse record de la ceinture blanche, jaune, orange, verte, bleue, marron et noire, et devient the prof de judo.
Il sera plusieurs fois champion Dauphiné-Savoie.
En 1957, Salvador s’installe avec son équipe dans l’écurie du Château Borel Il fait faire des bonds de géants au club de Fontaine en entraînant (chose scandaleuse à l’époque) des gosses à partir de 6 ans, dont ses trois enfants, Christiane, Marcel et Gilbert.
Marcel, le futur papa d’Audrey, sera champion de France scolaire, et Gilbert, champion de France minime.
Christiane, n’a jamais été titrée car le championnat de France, d’Europe, du monde féminin n’existaient pas à son époque, elle est pourtant la plus douée de la famille.
On vient de partout pour se faire enseigner les bottes secrètes de Salvador.
Avec ses élèves ils abattent les murs de la grange puis de l’étable du dit château pour recevoir tout le monde.
Le club de Fontaine devient le premier club de France grâce à son magicien des tatamis.

Je vous présente mes gardes du corps : Salvador, Marcel, Patrick Ippolito, Gilbert Pozzalo, Jean-Luc Verfat et Oscar Mobilia

Salvador devient entre autre président de la ligue Dauphiné-Savoie et arbitre national.
Environ dix mille judokas recevront ses bons conseils, 150 terminent ceintures noires, dont Jean Carminati, François Carvello, Hervé Navarro, Patrick Ottaviano, 15 seront profs de judo. 6 seront champions de France : Robert Pin, Patrick Ippolito, Benoit Woutaz, Thierry Jarczyk, Louis Jossa, Gilbert Pozzalo et ils sont pléthores ceux qui ont été sur les podiums.
Le 16 septembre 2007, à Rio de Janeiro au Brésil, Audrey va encore toutes les bouffer et devenir championne du monde individuel.

Denis Guignier

Emmanuel La Rizza à gauche de Thierry Rey, champion olympique en 1980, ne sait pas encore qu’il pose à côté du futur gendre de Chirac et que celui-ci tient dans ses bras une future championne du monde : sa frangine.


- Mémoires - Avec le soutien de la Ville de Fontaine, du Conseil Général de l'Isère, de l'Etat (D.D.E), du Feder-Pic-Urban, de la Metro, du Fasild, de la région Rhône-Alpes.

50, avenue Aristide Briand - 38600 Fontaine et 17, rue Jean Bocq - 38600 Fontaine
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Horaires d'ouverture :
Mardi : 14 H 30 - 17 H 30
Mercredi : 17H - 19 H
Vendredi : 9H - 12 H
et sur rendez-vous

Ont contribué à ce numéro:

Ont contribué à ce numéro :
Denis Guignier, Suzon Jadeau, Epifanio (Pif) Carvello, Hanane Bilouk, Isabelle Fonné, Albert Potton, Roger Pedrotti, Jacques Maisonat, Marcel Hermitte, Mado Rudio, Pierre Calvète, Henri Pellat Finet, Charles Blachot, Jean Tissot, Jean Gillia, Josette Auguste et Vincent Lafranceschina.
- Maquette du journal : Valérie Le Garroy.
- Imprimerie des Eaux-Claires.


La carriere Dotto en 1935 - Photo fournie par Mme Rudio.
De gauche à droite et de haut en bas : M Charles peire - M Gamard - M Gnesotto - M Pillon - “Le Toni” - M Reinaudo - M Pierre Piccardi - M Gadina (père de Mme Rudio et contre maître) - M Getto



Cette fresque a été peinte en 1933 dans un bar de Fontaine, par Monsieur Joseph Tonghini, peintre en bâtiments.


Monsieur Tonghini mobilisé en 1939. Il habitait l’avenue Aristide Briand


La Poya
M
émoires est allé chez Mado Rudio et Pierre Calvète qui, avec leurs voisins : MMrs Pellat-Finet, Blachot et Tissot, ont raconté l’histoire de leur village.
« La Poya » (la « montée » en patois), c’est le petit village au pied de la falaise qui fut, à l’origine, le premier peuplement de Fontaine. Ses habitants avaient des activités agricoles et pastorales. La carrière Dotto, exploitée pendant le 20ème siècle, a apporté une activité importante et parfois bruyante.
Nos témoins ont évoqué avec bonheur leur jeunesse, les souvenirs des uns complétant ceux des autres.

Route des carrières vers La Poya, contre la falaise. Actuellement Zone Industrielle des Vouillands.

La Poya a perdu beaucoup de ce qui lui donnait son caractère. La bascule où passaient tous les camions sortant de la carrière a été recouverte... Le lavoir a été bouché vers 1980, on n’a jamais compris pourquoi... De toutes les fontaines à la disposition des habitants et des passants, il n’en reste que deux. Un cadran solaire subsiste encore chez monsieur Tissot parce qu’il l’a fait restaurer par l’atelier Tournesol. Ce cadran date sans doute d’avant 1831. En effet, il semble avoir déjà fait l’objet de restauration à cette date.

Photo de classe de 1er de l’école de la Mairie, école de La Poya -1954-55

Nous avons reconnu de haut en bas et de gauche à droite : 1 : Salvi - 2 : Cahu - 3 : Cardoso - 4 : André Amatulli - 5 : Cepeda - 6 : Robert Kollaroczy - 7 : Gallo - 8 : Madelin - 9 : Cepeda - 10 : Roger Picot - 11 : Rey - 12 : Frachet - 13 : Marius Missouri - 14 : Philippe Gallo - 15 : Robert Canonica - 16 : David - 17 : Guy Hermitte - 18 : rené Buffa - 19 : Doria - 20 : Cahu - 21 : Gnezotto - 22 : Jean-Paul Morel - 23 : David - 24 : “ Perrine”

La rue de La Poya était une ancienne voie romaine pavée, avec une rigole en son milieu. On a commencé par supprimer la rigole, avant qu’elle soit entièrement recouverte et goudronnée. Gamins, nous y faisions de belles glissades sur la glace, l’hiver, sur des planches en guise de luge.
Il y avait des vignes, et, paraît-il 18 cafés à une époque. La maison de monsieur Pellat-Finet, avant 1832, était la mairie de la commune, avec l’école à l’étage. Quant aux commerces, c’était vite vu. Toutes nos grandes surfaces sont là : l’épicerie-comptoir Gusella, tenue ensuite par MM Foray et André Jallat, avait deux entrées. Une pour le café, l’autre pour l’épicerie. Nous étions en admiration devant sa toute petite fenêtre, contemplant les bonbons, surtout au moment de Noël. Des boulangers passaient dans la semaine, sinon, il fallait aller chercher le pain à Sassenage. Il y avait aussi Caïfa qui venait avec sa charrette et le père Zaza et sa petite carriole couverte tirée par un âne. A celui-là, qu’est-ce-que j’ai pu piquer comme bananes !... On passait derrière lui, récupérer les crottins. Il n’y a pas de petites économies ! Pour la viande, un boucher de Sassenage faisait une tournée.


Anciens de la Poya avec les organisateurs devant le café de la famille Gusella

Une maison assez misérable, ne ressemblant pas du tout à un magasin faisait porte pot et un peu d’épicerie. C’était chez « la Louise », la femme au Bélu. Il y avait là un joli frigo ! Quand un client venait chercher une boisson, vin ou limonade, Louise soulevait la grosse lauze plate, au milieu de la pièce, et sortait de l’eau la bouteille demandée qui était en effet au frais car un ruisseau traversait la maison. On venait aussi jouer aux cartes chez elle.
Nous avions quelques personnages typiques.
Mademoiselle Rozan dite « La Juliette », fille de madame Repellin, passait devant chez nous avec son troupeau de chèvres qu’elle emmenait brouter à la « Bigoude » (aujourd’hui la zone industrielle des Vouillands). Elle avait le don de guérir les brûlures. Un don transmis par sa mère qui le tenait elle-même d’un militaire durant la guerre de 14/18.
La mère Repellin avait des terres dans la plaine de Fontaine qu’elle rejoignait à pied attelée à sa charrette à bras. Un jour, dans la montée, la carriole s’est redressée, et la femme s’est retrouvée accrochée en l’air aux brancards de la voiture.
La mère Miribel n’aimait pas voir les gosses passer devant chez elle. Elle nous lançait balai, cendres, seaux d’eau.
Le père Rochas passait avec son vélo. Il nous disait : « Oh, j’ai un petit costume sans manche à faire ». En effet, il fabriquait les cercueils. Il faisait aussi de bons fromages blancs, c’est dire l’étendue de son savoir faire ! Il était le seul à posséder une batteuse. Les paysans lui apportaient leur blé à battre. Parfois, quand il avait un petit « coup dans l’aile », il dansait le rigodon…


Passage du coup de sabre.

Marie Ronin habitait une vieille maison, toujours fermée et envahie de ronces. Elle vivait avec sa nièce, une naine handicapée. On se faisait peur en passant devant cette « maison du mystère ».
Les parents de Charlotte Bertholoz étaient colporteurs. Ils vendaient des articles aux montagnards du Vercors et rapportaient des fromages. Un jour, le père Bertholoz a trouvé une vache morte. Il en a découpé un gros morceau qu’il a mangé avec sa famille. On ne laissait rien se perdre en ce temps-là.
La vogue de La Poya, appelée aussi “ Foire aux fromages ”, se tenait le premier dimanche de septembre au moment de l’ouverture de la chasse. Une bonne grand-mère, madame Chaumont vendait des pipes en sucre et des berlingots qu’elle confectionnait elle-même. Il y avait aussi les pognes à la courge de la mère Brun. Oh là là ! Qu’elles étaient bonnes ! Les derniers temps il y a eu des stands de tir et des manèges.
Le lundi, c’était concours de boules : le monde que ça drainait ! Plus de cent quadrettes ! On jouait de partout. Les Fontainois étaient là bien sûr, mais aussi les gens de Grenoble, Noyarey, Sassenage. A la première on gagne la soupe, la seconde la mise. La vogue s’achevait par un bal dans la soirée. Souvent, on terminait la fête par quelques pugilats…
Deux autres cafés animaient le village : chez Olliak et chez Gataletta. Chaque clos de boules organisait son concours. Il y avait bal, aussi, pour Pentecôte.
La vogue a disparu en 57 ou 58.
La carrière Dotto, entreprise d’une grande importance employait beaucoup de monde ici. Ce sont les pierres de la Poya qui ont été utilisées dans les constructions de la Banque de France de Grenoble ou l’église du Sacré-cœur ou encore les maisons de Saint Julien en Vercors incendiées par les SS durant la dernière guerre.


La Poya. M Gadina, M et Mme Lecchi ancien garde champetre 1948 1950

Chaque ouvrier avait sa spécialité : les tailleurs de pierre, de lauzes, ceux qui concassaient le gravier pour l’entretien des routes. D’autres, de vrais artistes, qu’on voyait accrochés à la falaise tels des alpinistes. Ils sortaient de belles pierres avec leurs pics et les redescendaient à l’aide d’une corde. Les tailleurs de pierre travaillaient en bas. Tout ce qui sortait de la carrière était chargé sur les camions qui passaient sur la fameuse bascule. Le père de Mado, Charles Gadina était contremaître. On l’appelait « le chef de la carrière ». Quand on faisait partir des mines, il sonnait de sa petite trompette pour interdire toute circulation. L’entreprise Dotto était renommée et, avant guerre, plus importante que Pascal. Ses ouvriers se déplaçaient loin. C’est Dotto qui a fourni les matériaux pour construire les sanas et les hôpitaux de Saint Hilaire du Touvet. Son activité a duré jusqu’en 1967.
A la fin de leur travail, les ouvriers se réunissaient sur la terrasse ou au café pour des belotes à la « Pagnol ». On leur servait à boire des demi bouteilles qu’on appelait chopines. La mère Olliak n’hésitait pas à mettre dehors les buveurs éméchés. On faisait parfois cinéma dans son café. L’été, sur la terrasse, une toile était tendue en guise d’écran. De chez moi, raconte Mado, je voyais les films à l’envers.
Pendant la triste période de la guerre 1939/45, des troupes allemandes occupaient les anciens bâtiments de l’actuel lycée Jacques Prévert et une grange avec des chevaux. On voyait les sentinelles devant une maison bourgeoise qui tenait lieu de centre d’interrogatoire et de tortures. Il y a eu trois résistants fusillés ici. Ils avaient eux-mêmes creusé leur tombe. Ils sont enterrés au pied de la roche. Il y a une plaque à leur souvenir et une commémoration est faite dans le collège.

Propos recueillis par Suzon Jadeau et Pif Carvello


Felix et Arlette Rigoudy avec leur tante devant le lavoir de la Poya en 1936.

Lucienne Galetta avec le café Galetta au fond.


L’abbé Vincent
J
n autre personnage a laissé des souvenirs à la Poya. C’est l’abbé Vincent. Une stèle et une rue à son nom témoignent de l’importance qu’il a eu ici.
Josette Auguste peut nous parler de lui car elle l’a bien connu.

Décoration par le Général Descours.

L’abbé venait tous les matins prendre le café chez les parents de Josette, voisins de son église, et négligeant la porte, il passait par la fenêtre. Ce prêtre est nommé curé de la paroisse de la Poya à la Libération. Il y est resté jusqu’à sa retraite 36 ans plus tard.
Pendant la guerre, il était curé de Corrençon où il a, aux côtés d’autres patriotes, organisé la Résistance et le maquis dans le Vercors. Dans le même temps, il a sauvé de nombreux Juifs traqués par les Allemands.
A Fontaine une complicité, née des années de guerre, liait le maire Louis Maisonnat et l’abbé. Ils avaient combattu ensemble dans le Vercors.
Dès son arrivée à Fontaine, il s’est attaché à animer sa paroisse qui était sans prêtre depuis 1905. Dans son domaine du château de la Rochette, il organisait chaque année une kermesse importante avec de nombreuses manifestations telles des défilés de voitures anciennes. Les profits de la kermesse lui ont permis d’effectuer des travaux de restauration du château ou de l’église et également divers loisirs pour les jeunes.
Les anciens de la Poya lui reconnaissent le rôle social qu’il a tenu. Beaucoup de jeunes sont partis en camp, en centre de vacances ou on pu réaliser quelques beaux voyages.
L’abbé ne faisait pas de différences entre les pratiquants ou non pratiquants.

Témoignage de Josette Auguste recueilli par Suzon Jadeau


Le château de la Rochette. Inondation en 1952

Louis Maisonnat et l 'Abbé Vincent.