EDITO

Mémoires a voulu s’intéresser au quartier de la Bastille qui fait l’objet d’un vaste projet de réaménagement.
Mémoires est allée à la rencontre de ses habitants. Après plusieurs appels lancés afin d’obtenir des témoignages et des documents, nous vous proposons ce numéro 21.
Ce quartier au nord de Fontaine, se situe contre le Drac à l’aplomb de la fortification de la Bastille de Grenoble à qui elle doit sans doute son nom.
L’histoire de la Bastille est sûrement représentative de l’évolution de nombreuses banlieues.
Avant 1950 on y voit des champs, des jardins, des terrains vagues, quelques industries (Air Liquide, tannerie Guillaumet, fabrique d’eau de Javel) et une maison.
Après 1950, c’est l’explosion démographique qui fait pousser les premiers immeubles. La population ouvrière est à forte proportion italienne puis maghrébine plus tard.
L’école Robespierre (ex Charmettes) répond aux attentes du « baby boum ». Elle doit être renforcée en 1972 par la maternelle Elsa Triolet. La crèche Allende fonctionne au bas des grands immeubles.
Les habitants peuvent s’approvisionner sur place dans quelques commerces très actifs.
La Bastille, comme bien des banlieues a été revêtue, à tort, d’une mauvaise réputation.
Ces dernières années, la crèche s’est déplacée, les industries ont disparu, les commerces ont fermé peu à peu.
La friche Air Liquide sera réaménagée, de nouvelles voies de circulation, d’aires de jeux, de commerces doivent apparaître.
Les projets d’embellissement sont les bienvenus, mais la destruction de plusieurs bâtiments est vécue avec inquiétude. Leurs occupants seront-ils relogés à temps et dans de bonnes conditions ?
Ce qui nous frappe dans les témoignages, c’est un fort attachement à la Bastille par ceux qui l’habitent ou y ont habité.
Des commerces au café d’Angèle en passant par l’Air Liquide et les écoles, en allant même jusqu’à la digue chez les gens du voyage, nous vous offrons quelques points de vue sur un quartier à redécouvrir.

Le comité de rédaction


Antoinette à la Bastille

Antoinette Chaninet m’a parlé du quartier de la Bastille où elle a vécu son enfance et son adolescence. Son témoignage est si riche, si dense et si enthousiaste qu’il est difficile d’en rendre tout le ton et le contenu.
Je suis née en Sardaigne et arrivée en France en septembre 1960 : javais un an et demi. Nous avons habité un temps chez mes grands-parents à Grenoble, rue Très-Cloîtres. Mais dès 1962, ma famille sinstalle à Fontaine. D’abord 7 rue Jean Pain, un champ nous séparait de la rue de la Bastille, ensuite ce fut 30 rue Lazare Hoche en face de l’école Robespierre, puis 6 rue des Buissonnées, le long du Parc Villon (terrain vague à l’époque) près de l’Air Liquide, enfin au 24 rue de Bastille où mes parents vivent toujours depuis 35 ans.
Pour moi, la Bastille c’est tous ces endroits, là où j’ai grandi, où je suis allée à l’école, où tous mes camarades habitaient.
Pour moi, la Bastille a toujours existé : les Saules, les Caravelles, la Commune de Paris. Je ne me rappelle pas la construction de tous les gros immeubles. Les petits bâtiments à 4 étages étaient essentiellement occupés par des Italiens qui semblaient s’être regroupés là.
J’ai été naturalisée à ma majorité. Je pourrais vivre quelque temps en Italie mais mon pays c’est la France à tel point que je n’ai pas pu me réjouir de la victoire des Italiens au dernier Mondial. J’étais supporter de la France.
J’ai fait ma première année de maternelle à l’école Danielle Casanova puis toute ma scolarité à Robespierre en maternelle et en primaire. A ce moment, mon école c’était l’école de filles, nous étions séparées des garçons par les peupliers et un carré de pelouse. Il ne fallait pas franchir la limite. La directrice Madame Vidal y veillait, elle était terrible, nous devions avoir une blouse, les cheveux attachés ….
Côté garçons, je me souviens de Mrs Soler, Ollivier-Pallud. Je me souviens surtout de Robert Vial, à cause du basket et de ses fils qui y jouaient mais ce qui m’a marqué c’est sa mort et ses obsèques car ce fut ma première grande peine.
Côté filles, je garde de bons souvenirs des institutrices : Mme Souchon, Mlle Nier, Mlle Rebut, Mme Petiot, Mme Gerin…
Après mon mariage, j’ai habité Grenoble pendant 20 ans mais je n’ai jamais eu l’impression de quitter Fontaine. Je revenais voter ici. Plus tard, j’ai eu l’occasion d’acheter cette maison qui est sur le secteur scolaire de Paul Langevin. Or, j’étais enseignante à Saint-Marcellin et mes parents devaient récupérer mes enfants à l’école. J’ai donc obtenu la dérogation. J’étais heureuse de les inscrire à l’école Robespierre et fière de leur dire : « Ça a été mon école » même si je la trouvais moins jolie qu’avant. Les mères qui attendaient leurs enfants à l’école, je les avais connues élèves ici avec moi. Bien des gens restent fidèles à ce quartier.
Avec l’école, ce qui a marqué mon enfance ce sont les commerces. Dans le quartier, nous avions deux épiceries. Au bout de la rue des Charmettes, l’épicerie de Mr et Mme Mazzilli. C’était vraiment la boutique italienne. On y trouvait les pâtes au détail : toutes les formes de pâtes pour toutes les préparations. Il y avait aussi la « tresse » (genre mozzarella), la scamozza, la mortadelle, la pancetta. C’est nous qui allions faire les courses. J’adorais cette épicerie. Mme Mazzilli était très attentive à la qualité de ses produits. Et quand on ne pouvait pas payer c’était le crédit : nous avions des « notes », on marquait et à la fin du mois, on allait régler. Mme Mazzilli a employé ma mère et moi aussi plus tard. Cela nous a bien rendu service car mon père a été longtemps malade. Elle nous mettait de côté des fruits un peu touchés mais encore bons. Ce sont des gens qui nous ont tendu la main.

Antoinette Chaninet chez elle à Fontaine.

Sur le boulevard Joliot Curie, se trouvait la Droguerie Gugel et là on vendait le mazout. On allait avec nos petits bidons en acheter 10 litres. Au retour, il nous est arrivé de trébucher, le bidon se renversait dans l’escalier, alors c’était l’horreur ! Chez Gugel, père et fils, on trouvait tout. C’était le bazar (pas le foutoir). À l’occasion de cadeaux, de mariages, on y achetait des verres, des services à café, des assiettes. Les grandes surfaces n’existaient pas.
À côté, la boucherie de Mr et Mme Didier où tout le monde s’approvisionnait. Quand ils ont pris leur retraite, un autre boucher, puis un traiteur ont poursuivi une activité
mais ça n’a pas duré très longtemps.
Enfin, la boulangerie Giorgiou où je me souviens de la couronne ou du gros pain. Quand nous nous achetions une brioche, un croissant ou un pain au chocolat c’était une joie car ce n’était pas banalisé comme maintenant. Ensuite, il y a eu les boulangers Guyard qui, « sans chichis » faisaient de très bon pain et de la bonne pâtisserie.
Les autres commerces se trouvaient rue de la Bastille : 4 boutiques côté à côte. Ma deuxième épicerie a été tenue par Mr Finoto puis Mr Rabi et enfin par Tina Foddaï celle dont je me souviens le mieux. Ses parents habitaient rue de la Bastille. On disait qu’on allait « chez Titi ». Chez elle, je revois les bonbons en détail dans un étalage impressionnant. Nous étions autorisés à nous en acheter avec la petite monnaie qui restait des courses.
A côté, il y avait les magasins de M. et Mme Richard : le salon de coiffure de Maryse et la boutique de chaussures de Richard. Je me souviens que quand il y avait une noce, toutes les femmes se faisaient coiffer par Maryse. Et, à la rentrée scolaire, mes parents achetaient les chaussures pour toute la famille chez Richard : baskets, souliers bas, pantoufles et l’hiver des bottes. Là aussi, les parents payaient quand ils pouvaient. Avec le recul, je me demande comment les commerçants « tenaient ». Mais ils rendaient service et avaient un vrai rôle social : on pouvait avoir des chaussures neuves et échelonner le paiement. La dernière vitrine était celle d’une Auto-Ecole, la seule qui existe encore. Il y avait plusieurs commerces rue Jean Pain. J’y allais moins souvent. La mercerie chez Irène, je crois, devait se trouver là, on s’y fournissait car ma mère faisait de la couture. Je me rappelle l’odeur de cette boutique. Il y avait aussi une épicerie qui faisait l’angle, un magasin de confection, la mercerie en face une boulangerie, plus loin une droguerie.
Tous ces magasins ont fermé à mesure que les patrons prenaient leur retraite.

le magasin de chaussure ont fermé. Reste l'auto-école.

Certains ont eu des repreneurs mais jamais bien longtemps, sauf la boulangerie sur le Boulevard qui existe encore tenue par Pouchoix, à présent. Ce quartier qui a souffert d’une mauvaise réputation ne m’a jamais fait peur. Ma sœur, mon père, ma mère y habitent.
Je ne me souviens que de moments de bonheur même si mes parents ont vécu des périodes dures.

Rue de la Bastille : l'épicerie, la coiffure.

Mes souvenirs de la rue de la Bastille, ne sont plus pareils car j’avais 12 ans et n’allais plus jouer en bas. La rue Lazare Hoche était notre terrain de jeux quand j’étais petite. Il y avait encore là un ruisseau qui passait, un arbre dont on faisait notre cabane. J’ai le souvenir de 14 juillet, de musique, de voisins qui descendaient leurs chaises et se mettaient « à la fraîche ». Un immeuble qui est resté longtemps inachevé, nous servait aussi de terrain de jeux jusqu’au drame : un soir, un jeune garçon n’était pas rentré et le lendemain, on l’a retrouvé mort en bas de l’immeuble. Je n’ai jamais su ce qui lui était arrivé, mais nous ne sommes plus allés jouer là.
J’ai eu une autre grande peine : la mort de Louis Maisonnat. Je n’ai pas pu assister aux obsèques mais je suis revenue signer le livre. Je n’étais plus à Fontaine, mais il était resté mon maire.
Je me dis que si je n’avais pas habité Fontaine, je ne serais sans doute pas ce que je suis, car avoir rencontré des Jacques Maisonnat, Armand et Marie Therèse Soler, Robert Vial et Dadou, Marie, Christine, Marc, Laurent, Sylvie… Fontaine m’a apporté tant de choses ! Par exemple, l’école Municipale des Sports avec Charlie Séauve. Ça a été un bonheur. Grâce à ces gens-là, je me suis construite, grâce aussi aux structures en place.
Si j’ai la nostalgie, c’est peut-être de ce temps-là. Je me suis éclatée. C’était le temps du bénévolat : les pionniers, le basket. J’ai entraîné les poussins et les benjamins. J’ai apprécié la reconnaissance de la ville : la première récompense que j’ai eue ce fut la médaille sportive de Fontaine et une photo dans le journal. C’est important pour un jeune.
Je trouve que, dans cette ville il y fait bon vivre malgré toutes les critiques que l’on a entendues. Il y a plein d’espaces verts, on a tout ce qu’il nous faut. Je pourrais vivre dans n’importe quel quartier.
J’aime le parc Karl Marx avec ses grands arbres, ses enfants qui jouent. C’est un endroit serein. J’aime le parc de la Poya il a du caractère. Je m’y sens bien. Le parc Villon n’a pas encore trouvé son âme. Mais le coin que j’adore, c’est quand j’arrive à la Mairie, notre petite mairie en béton avec tous les arbres qui l’entourent, le jardin en face qui s’étoffe. Dans cet espace là, je me sens sereine. Je le trouve beau.

Témoignage d’Antoinette Pisanu-Chaninet recueilli par Suzon Jadeau.


Des as du ballon !
L
e 17 juillet 1908, les habitants des petites Buissonnées à Fontaine, (le quartier Bastille aujourd’hui) ont halluciné grave!
Un immense ballon venu du ciel, ballotté par les vents vient s’échouer en catastrophe dans leurs champs.
Les deux passagers, MM Hermann et Frey furent sortis sains et saufs de leur nacelle abîmée.
Ils expliquèrent un peu hâtivement aux riverains atterrés qu’ils étaient partis de Berne en Suisse pour survoler les Alpes jusqu’à la Côte d’Azur.
Dans la soirée du 9 août de la même année, les personnes qui attendaient le tram près du pont du Drac côté Grenoble eurent sans doute la peur de leur vie.
Ils virent arriver soudain sur eux un ballon colossal rompant dans un choc brutal les fils du tramway.
Le dirigeable fut fort endommagé. Les deux aéronautes, MM de Querlin de l’Institut météorologique de Zurich et Frey (s’agit-il du même que celui du 17 juillet ?) ont bien failli s’électrocuter.
Mais ils s’en sortent plutôt vivants et personne chez les utilisateurs du tramway ne fut blessé.

Berne, Zurich... Jamais deux sans trois ?

La circulation fut interrompue une heure et demi sur le réseau, et cela un dimanche soir où les derniers trams sont toujours bombés.
Nos deux voyageurs se remirent de leur émotion dans un hôtel près de la gare de Grenoble.
Décidément la Suisse adore notre région.

Denis Guignier


Avec les femmes de la Bastille

Les femmes du quartier de la Bastille, la plupart maghrébines sont venues pendant vingt ans, d’abord Salle Allende, puis au centre social Romain Rolland. Des activités diverses : rencontres, travaux manuels, informations, visites, voyages leur étaient proposées par des animatrices bénévoles de l’Association Femmes Solidaires.
Fatima raconte :
Je ne suis pas venue au début, mais des amies ont expliqué à mon mari que nous n’étions que des femmes, alors j’ai pu me joindre au groupe.

Préparation des gâteaux par Mesdames Djelloul, Segher, Kara et Djénéba

C’étaient des femmes que je connaissais car elles habitaient toutes par ici : Rue Jean Pain, Boulevard Joliot Curie, rue Henri Wallon, Rue de la Bastille.
Et il y avait les animatrices qui sont devenues des amies. C’était la première fois que je parlais avec des Françaises et que j’apprenais à faire des choses en dehors de la maison. J’ai beaucoup tricoté pour mes enfants et mon mari. J’ai pu faire de la couture ; des jupes, des chemisiers et même un tailleur. J’ai habillé toute la famille.

Un moment de détente pour Mesdames Lakhal, Anik et Karoun.

Parfois nous sortions ensemble. Avec la M.J.C., nous avons fait des masques pour le Carnaval, nous avons écouté des contes, nous sommes allées voir des films à la salle Edmond Vigne.

Annie danse avec Sadia et Fatima

Pendant des années, deux fois par semaine, l’après-midi, j’étais contente de rencontrer des amies, de travailler, de bavarder, de rire ou de partager nos soucis, de me faire aider pour les papiers, d’avoir des informations pratiques. On pouvait venir avec nos enfants qui n’allaient pas à l’école. On buvait le café et on apportait des gâteaux.

Chacun attend sa part de méchouï...

Plusieurs fois par an, on faisait un vrai repas, un couscous par exemple qu’on pouvait préparer dans la cuisine du Centre Social avec l’animatrice. Je me rappelle que, quand nous sommes allés sur le lac du Bourget et le canal de Savières en bateau, monsieur le Maire est venu avec nous. Une autre année au Grau-du-Roi, nous avons profité de la mer et d’une visite au musée océanographique.

Nous avons aussi pris le petit train qui va à La Mure et j’ai beaucoup aimé le parc des oiseaux à Villard les Dombes, à notre dernier voyage. Ces sorties en car sont vraiment de bons souvenirs pour mes enfants et moi.

Des enfants s'exercent au graphisme des caractéres arabes

Le 29 juin 1991, je me rappelle qu’il y a eu la Zerda. C’est un grand repas de fête avec de la musique où tout le monde est invité. La Zerda s’est tenue à la Bastille en bas des grands immeubles des Saules dernière la salle Allende. Plusieurs associations l’avaient organisée. Les Tunisiens de Fontaine ont fait cuire le méchoui, d’autres ont préparé des salades, nous nous avions fait cuire les gâteaux et présenté notre exposition sur les épices du monde. On a mangé, écouté les musiciens. Nos enfants ont dansé, fait des jeux et des activités de graphisme. Nous avions mis nos plus beaux habits. Tout le quartier de la Bastille s’était retrouvé dans une grande journée de fête.

Souvenirs de Fatima Karoun, collectés par Suzon Jadeau


Vous reconnais-sez-vous ?

Fête de Noël à l'Ecole Elsa triolet


- Mémoires - Avec le soutien de la Ville de Fontaine, du Conseil Général de l'Isère, de l'Etat (D.D.E), du Feder-Pic-Urban, de la Metro, du Fasild, de la région Rhône-Alpes.

50, avenue Aristide Briand - 38600 Fontaine et 17, rue Jean Bocq - 38600 Fontaine
Tél. : 04 76 53 22 16
E-mail : memoire.present@club-internet.fr

Horaires d'ouverture :
Mardi : 14 H 30 - 17 H 30
et sur rendez-vous

Ont contribué à ce numéro:

Ont contribué à ce numéro :

Denis Guignier, Suzon Jadeau, Epifanio (Pif) Carvello, Hanane Bilouk, Isabelle Fonné, Albert Potton, Roger Pedrotti, Fatima Karoun, Robert de Marchi, Ambroise Di Dio, René Broglio, Antoinette Pisanu-Chaninet, Maurice Franco, André Ronseaux, Cosimo Bruccoléri et Edouard Schoene.

- Maquette du journal : Valérie Le Garroy.

- Imprimerie des Eaux-Claires.

- Maquette du journal : Valérie Le Garroy.
- Imprimerie des Eaux-Claires.

La Bastille après guerre : maisons, cabanons et jardins ouvriers


MAURICE BONVALLET « A LA BASTILLE ON L'AIME BIEN »
Ç
a fait déjà longtemps qu'il nous a quitté, et pourtant il est toujours là avec son sourire, ses yeux pétillants de malice, cherchant toujours à faire plaisir ou quelqu’un à qui raconter une histoire drôle.
Il habitait Impasse des cheminots. Son père était chef de train, toujours avec une tenue très soignée qui augmentait sa prestance. Sa maison peu confortable, construction d'avant-guerre est mal isolée et humide. Avec beaucoup d'astuce et de travail, il l'avait arrangée pour contenir tous ses trésors : journaux, livres en abondance et quelques bouteilles qu’il aimait sortir pour accueillir les copains. Bien sûr il ne faut pas oublier les bûches en papier qu’il faisait tremper, compresser et sécher pour alimenter le fourneau qui servait pour la cuisine et le chauffage de la pièce du rez-de- chaussée, alors que la chambre au premier étage restait glaciale.
Maurice Bonvallet avait confié à Robert de Marchi, le marchand de vins et la mémoire vivante du quartier, des photos aériennes prises pendant la guerre en 1939-1940.
Ses photos étaient stratégiques. Deux d’entre elles ont été publiées dans le Mémoires n°13.
On y voit l'Air Liquide, la fabrique d’eau de Javel, rue Jean Pain, où il y avait un ou deux transformateurs, l’usine Khulmann, spécialiste dans la fabrication d’aimants, impasse du Dauphiné où des ingénieurs américains ont mis au point des aimants pour les transfos.


Maurice Bonvallet et Marthe Blumet

Quand il y a eu l’explosion du Polygone, dans une de ces armoires de transfos, on a retrouvé de l’argent.
Maurice a travaillé longtemps comme préparateur à la pharmacie Chavannes, avenue Aristide Briand. Puis, afin d’être autonome et réaliser une activité par soi même, il a créé une droguerie rue Jean Pain. Sa vie a changé mais pas son comportement.
Il avait en effet une façon très originale de gérer son commerce. Il s'ingénia à rendre service à tous ses clients. Tout le monde à l’époque se chauffait au fuel. Il allait dans son arrière-boutique et servait chacun dans sa cuve à mazout, vendant au litre le gasoil nécessaire pour le chauffage. Si ses clients étaient gênés pour payer, il leur disait que ce serait pour la prochaine fois.
On trouvait de tout chez lui et surtout pas mal de choses que l'on ne trouvait nulle part ailleurs.
Au début cela marchait bien. Aux besoins de chacun, il répondait grâce à ses compétences. Le plus important était sa disponibilité. Il était toujours prêt à écouter longuement ses clients, devenus amis.Eh, oui ! C’était un homme de grande culture. Il lisait beaucoup de journaux et surtout des livres. Il avait une passion pour les livres d'histoires, et bien souvent nous étions bien incapables de répondre à ses questions.
Il aimait la musique. Comment oublier cette soirée en compagnie du professeur de guitare de l'école de musique Mr Sobzyck à qui Maurice demanda s'il pouvait nous jouer un morceau de Villa-Lobos qu’il appréciait beaucoup. Ce qu'il fit avec plaisir.

Maurice Bonvallet au Palais des Sports de Grenoble

Pendant longtemps il a été Conseiller Municipal. Il travaillait beaucoup dans les commissions municipales dont il faisait partie. Le plus remarquable était son contact humain. Quand le maire, Louis Maisonnat, avait besoin de savoir ce qui allait bien ou mal dans le quartier de la Bastille il allait trouver son ami Maurice qui lui disait ce que pensaient les habitants du quartier sur les équipements prévus et ce qui à leur avis leur paraissait le plus urgent. Il avait son franc parler et on pouvait lui faire confiance.
Pendant plus de 10 ans il participé à la section de France-URSS de Fontaine, très active à l'époque. Souvent, il apportait des idées intéressantes pour l'organisation des fêtes et  il était là le jour où il fallait réaliser le travail.
C'était un homme joyeux. Quand il lui arrivait quelques mésaventures il les racontait avec humour en riant de ses misères. Voyage historique en Beaujolais pour acheter un cubitainer de vin, temps splendide au départ en 2 CV, mais au retour ça se gâte ! Pluie diluvienne, puis panne d'essence, 5 KM pour trouver à se ravitailler…, Mais au retour le cubitainer et son Beaujolais tant désiré se sont envolés!!! Et il riait de plus belle.
L'arrivée des Supermarchés dans l'agglomération et de Genty-Cathiard à Fontaine devait rendre impossible la vie des petits commerçants. Les gens ont commencé à déserter les commerces.
De temps en temps, ses amis et ses copains cheminots de la rue Doyen Gosse, allaient voir Maurice pour lui acheter une bricole de rien du tout et pour lui demander comment il allait Il était là devant sa boutique, nostalgique de son passé.
Avec l'aide du Maire qui avait négocié auparavant  l'obligation pour le Supermarché d'embaucher en priorité ceux qui fermaient boutique, Maurice fut embauché. Soumis à des horaires variables, il voltigea de service en service sans avoir le temps de connaître ses collègues et privé de contacts humains avec les clients. Ce n'était pas la joie, avec une petite paye  qui était cependant bien venue. Toutes les belles histoires ont une fin. En plein milieu d'un hiver rigoureux, frappé d'une attaque, ses voisins inquiets de ne pas le voir devaient le trouver sur le carreau de la cuisine.
Un long séjour à l'hôpital, puis à la MAPA, Quelle tristesse de voir Maurice, sans son regard pétillant, prêt à raconter une bonne blague après s'être inquiété de tous.

Albert Potton, Robert de Marchi Propos recueillis par Ambroise Di Dio


Angèle Franco au café de la tonnelle
Le café de l’avenue Curie (rue Henri Wallon aujourd’hui) fut pendant la deuxième guerre mondiale un rendez-vous de la résistance des F.T.P-M.O.I (Francs-tireurs et Partisans de la Main d’Oeuvre Immigrée).
Pour Maurice Franco l’histoire de ce café se confond avec l’histoire de sa famille.
Laissons le raconter :
Ma mère Angèle, née à Come en Italie avait 18 ans quand elle est venue voir sa tante Rose qui tenait le café. Elle n’est jamais repartie.

Albino et Angéle Franco à gauche, Maurice accroupi devant, en compagnie d'un groupe de la M.O.I pendant la guerre.

Elle aidait sa tante, surtout les samedis et dimanches, tout en travaillant, d’abord chez un fabriquant de brouettes à Seyssinet, puis à la M.E.I (Matériel Electrique Industriel), avenue du Vercors.
Une de ses sœurs, Bruna l’a rejointe un moment mais a préféré retourner en Italie.
Mon père Albino Franco, né à Trévise, a voulu fuir le fascisme de Mussolini. Il n’a pas réussi comme son frère Angelo à embarquer pour l’Argentine alors il a choisi la France.
Après être allé travailler dans les mines d’Alsace il a rejoint son autre frère à La Tronche, puis Fontaine. Il lui a trouvé une place chez Pascal puis chez Crida. Pendant la guerre il travaille à Yenne (Savoie) pour restaurer un château. Ce dernier emploi lui permet d’obtenir du ravitaillement auprès des paysans.
Le café de Rose dans les années 1930 était le rendez-vous de nombreux émigrés italiens, certains y logeaient. C’est là qu’Albino a fait la connaissance d’Angèle. Ils se sont mariés en 1936, l’année de ma naissance, et se sont installés tout près rue des îles (rue Doyen Gosse aujourd’hui). A la déclaration de la guerre en 1939, Angèle aidait toujours sa tante Rose au café.

Croquis du café parMaurice Franco

Médaille remise par la M.O.I. à Angèle Franco ( F.T.P-M.O.I = Francs-tireurs et Partisans de la Main d’Oeuvre Immigrée).

Albino, antifasciste ainsi que nombre de ses compatriotes, est entré en résistance car Angèle l’a entraîné sur ce chemin.
Le café est devenu un lieu de rendez-vous de la M.O.I qui était la force importante de la Résistance issue de l’immigration.
On pourrait croire que ce café était destiné à abriter une vie clandestine grâce aux nombreuses pièces et recoins qui le composaient :
Salle de café et de restaurant, cuisines, escalier, cave, chambres à l’étage, terrasse, cour, tonnelle et jeux de boules au fond et sur le côté : cabanes à lapins, WC, un garage minuscule et une toute petite pièce presque sans ouverture.
C’était là le refuge des gens de la M.O.I en transit ou en planque. Il y avait aussi une ronéo d’où l’on tirait des tracts. J’étais trop jeune à l’époque pour savoir ce qui se passait, mais ma mère m’en a beaucoup parlé et j’y ai habité après 1950. Je revois bien les lieux et en j’en ai dessiné le plan.
Sont venus dans ce refuge les frères Armand et Marius Barbi, leur sœur Conchetta, Italo Stazio, Louis Napolitano, Franceschini et tant d’autres ! Ils étaient en relation avec monsieur et madame Bot, résistants Français de Fontaine.
Les M.O.I se cachaient là en attendant les ordres. S’il y avait une patrouille d’Allemands, ils partaient du petit cagibi vers l’arrière des jeux de boules, sautaient le mur du fond et se retrouvaient à l’abri dans les dépendances de Lély, le marchand de charbon...

Prola qui pointe

Maurice Genevois dit " Basile " et Mazzolini dit " Patard "

Un souvenir de gosse reste net dans ma mémoire : ma mère m’emmenait sur le porte bagage du vélo, accompagnée un jour de madame Pedretti, elles lançaient des tracts près du Polygone et nous revenions vite à Fontaine.
Simone était le nom de guerre d’Angèle. Elle a été estafette, (relais de courrier). Elle a imprimé des tracts, caché des résistants, tout cela au nez de sa tante Rose qui n’a jamais rien su.
Beaucoup plus tard, elle a reçu en récompense la médaille des F.T.P-M.O.I gravée au nom de Rose Barruel car c’était son café qui abritait la Résistance.
La tante étant morte, Angèle a bien justement pu receptionner cette médaille largement méritée.
En 1951 ou 52, le fils de Rose, Joseph Tessaro dit à sa cousine Angèle : « Rose est trop vieille pour s’occuper du café. Toi qui la toujours aidée, je te le donne en gérance. »
A partir de ce moment, le café de la Tonnelle devient « chez Angèle Franco » et la famille y habite.
A la retraite d’Angèle, le café fut repris par Franck Sciré qui en fit la pizzeria Romana (lire l’article parlant de lui dans le Mémoires n°20). Aujourd’hui le café et la pizzeria n’existent plus.
Des tas de souvenirs me restent de cette époque, des photos aussi et l’atmosphère du café et du jeu de boules où tant de Fontainois venaient se détendre.

Maurice Franco propos recueillis par Suzon Jadeau


Le quartier de la Bastille, une mosaïque !

Dans le quartier de la Bastille, il y a des bâtiments, des maisons, des immeubles, une école, un dragon (le Drac) qui court à son pied, et tout au bout d’une petite rue, un terrain, un lieu de stationnement pour les gens du voyage. Quand je suis arrivé à l’école Robespierre, de nombreuses familles avaient posé leur caravane depuis quelques années sur cette aire. Parfois quelques nouveaux, nouveaux visages, nouveaux noms, venant d’autres horizons s’installaient pour un bref séjour. Mais la plupart des enfants que j’inscrivais sur les registres avaient vu leur grand frère ou leur grande sœur déjà scolarisés dans l’école.

Bastille, rue des Buissonnées 1978 - photo d'Albert Potton

Le premier choc pour moi, a été le jour de la rentrée lors de mon intégration dans cette école (je venais de l’école des Balmes, école de mon enfance). Les petits cours préparatoires étaient l’objet de beaucoup de sollicitude. Pour ceux qui avaient fréquenté la maternelle, ils entraient dans la grande école avec souvent pas mal d’anxiété eux les plus grands de la maternelle devenaient les plus petits de l’élémentaire.
Mais me direz-vous, les petits voyageurs sédentarisés ?
Ils n’avaient que rarement fréquenté la petite école et pour eux c’était un terrible choc : eux qui ne connaissaient que les limites de leurs caravanes et qu’elles seules, se retrouvaient enfermés dans un espace clôt entre des murs, dans un couloir immense (les deux couloirs desservant les classes font 112 mètres de long !).
La première rentrée scolaire fut mémorable. Les classes s’étaient formées, les enfants faisaient connaissance avec leur nouvel environnement, avec leur(s) enseignant(s) et 10h15 première récréation ; les enfants se retrouvent, sonnerie on rentre en classe, c’est alors que mon collègue du Cours préparatoire accourt et m’informe : notre petit « voyageur » n’est plus là ! Informations rapides auprès des enfants : il est sorti ! Je me doute de sa destination et je me rends au camp ; à mon arrivée les portes s’ouvrent ; à ma demande on m’indique la caravane du petit fugueur, je m’approche d’elle et sur le seuil apparaissent l’enfant et sa maman qui descend et me remet une petite main en gardant l’autre dans la sienne ; l’enfant pleure, il est effrayé et ne veut pas quitter son domicile. Devant l’ampleur de son chagrin, j’interviens et dis à la maman : « Gardez-le ce matin, il reviendra à l’école cet après-midi, il a eu trop d’émotions ». Il était là à la rentrée de l’après-midi.

Sur les bords du Drac, un chalet des " Gens du voyage " qui se sédentarisent - Photo Edouard Schoene.

Mes collègues m’avaient averti, mais à la fin du premier mois de classe, la discrimination dont étaient victimes ces enfants m’apparut clairement ; en effet, officiellement pour décider leurs parents à les faire fréquenter l’école, le Directeur devait remettre un bulletin mensuel faisant état des absences ; si 4 demi-journées d’absence n’étaient pas justifiées le versement des allocations familiales étaient remis en question. Ainsi ce 31 octobre, une dizaine d’enfants attendaient leur bulletin. Ce n’était pas facile ! Comment ces enfants étaient-ils considérés par l’ensemble de l’école ? Ceux qui étaient les seuls à devoir justifier leur présence sous peine de sanctions financières ! Quelle place avaient-ils dans la société et de quelle estime pouvaient-ils jouir ?... Et maintenant … Fort heureusement cette pratique n’existe plus mais… les gens du voyage sont toujours au bout de la rue du Saint-Eynard, dans le quartier de la Bastille et comment les habitants du quartier les voient-ils ?

André Ronseaux


Par de là l’Air Liquide

Le quartier de la Bastille va être réaménagé. C’est dans l’air !...
J’ai raconté dans le numéro 18 mon enfance place du Néron. Naturellement, j’ai été sollicité pour parler de la Bastille. Je ne peux pas dire que je connaisse particulièrement ce quartier, et pour cause Il est né, installé et développé après que j’ai quitté la commune !
Il faut dire que Fontaine s’arrêtait à l’Air Liquide… Au-delà, ce n’était qu’une plaine inculte qui s’étendait jusqu’à Sassenage. Une végétation folle et sauvage, théâtre de chevauchées de cow-boys et d’indiens ou de chasses aux lézards… Un « No mans’land » comme on dit aujourd’hui.
J’ai contacté des amis que j’avais quittés à mon départ de Fontaine, en 1950, et que, pour la plupart, je n’avais pas revu depuis. Nous nous sommes retrouvés, avec nos épouses, ce vendredi 17 mars. Nous avons pu alors faire ressurgir des souvenirs datant de la guerre 39/45 et des années suivantes. Tout cela, bien sûr, en faisant abstraction de nos rides et cheveux blancs.
Vous lirez donc ci- après les témoignages de deux Fontainois, Henri Martinenghi, dont le père a été sous directeur du site de l’Air Liquide jusqu’en 1952 et de Sratti Costmidès qui y a travaillé 33 ans.

L'Air Liquide, protégée, par des haues grilles aux allures de prison.

Nous sommes vite rattrapés par la vie de ce quartier. Chaque nom, chaque commerce revit soudain.
La rue de la Mégisserie, devenue rue Jean Pain après la guerre, desservait et animait notre quartier. On y trouvait les caves du Néron de Marchi, les épiceries, rue de la Drague, Clémentidès et Simiand (Lazzari Marie et Clément). Il y avait aussi la boulangerie Vincendon, devenue Huboud-Perron puis Germain, le café-restaurant-jeux de boules- salle de mariages Durand, dont le fils Roger a disparu tragiquement. Et le café Didon tenu par madame Didon, une figure locale ! La mercerie de madame Gaillard et sa fille, l’atelier de mécanique générale de son mari. Son cousin, Buisson Elie, tient quant à lui, l’autre atelier occupé actuellement par l’établissement horticole Hostachy dont la maman est Raymonde Buisson.
La propriété des Buisson abritait, pendant la guerre, la scierie Souton devenue par la suite une fabrique de meubles et de chaises. On revoit le père Missocia cintrant les montants dans l’étuve… Ces bâtiments existent toujours.
Ce quartier était un microsome composé majoritairement de Français qui habitent dans leur propriété, Buisson, Gaillard, et qui louent des logements à des émigrés grecs (Costmidès, Castunis, Linakis, Caratjas) italiens (Dibilio, Facco, Colognesi, Perugini, Broglio) français (eh oui) venus de Savoie (Breyton, Gaillard)… Nous vivions tous fraternellement, respectant nos différences. L’espace ne manquait pas. Les jardins, nombreux, étaient nos lieux de chapardages. Ils étaient nos pourvoyeurs de vitamine C, pendant la guerre !

(...)

De novembre 1943 à février 1944, Edmond Guignier travaille à l'Air Liquide, une entreprise du territoire, qui est en friche aujourd'hui. Pendant la période de Noël 1943, son patron l'avait invité lors d'un grand banquet avec champagne et tout, limite indécent, pour lui soutirer des informations car il le soupçonnait d'être résistant. Par la suite, ce patron s'est fait fusiller car il était " collabo "... (Extrait de l'Album de famille de Denis Guignier - Mémoires N°3)

Je me souviens qu’avec mon ami Charles Colognesi, nous faisions une razzia de fruits et de tomates. Nous allions les échanger avec les soldats américains en campement au Polygone contre corned-beef, chewing-gum et autres merveilles. Nous n’étions pas les seuls… l’armée Américaine devrait nous remercier d’avoir suppléé leur intendance !
La rue Jean Pain était notre aire de jeux. La nuit tombée, les parents sortaient leur chaise et discutaient devant leurs habitations. Nous, enfants, Français, Italiens ou Grecs, jouions jusqu’à la nuit, et, en ces lendemains de libération, nous faisions des défilés en chantant la Marseillaise, Bandiera Rossa ou l’Internationale !
Revenons aux témoignages relatifs à l’Air Liquide :
Stratti Costmidès est né en avril 1926 à Grenoble.
Sa famille s’est installée en France en 1922, fuyant la répression turque-ottomane de Salonique et Constantinople contre la population grecque. Stratti a travaillé 10 ans à la tannerie Guillaumet qui employait son père Nicolas et de nombreux voisins et voisines. Il est entré à l’Air Liquide en 1953 et a exercé jusqu’en 1986, évoluant avec les nouvelles techniques de compression et de sélection des gaz.
Rappelons que l’Air Liquide est l’un des premiers producteurs au monde de gaz rares, air comprimé, liquéfaction, fournisseur de la propulsion pour les fusées d’Ariane-Espace, entre autres utilisations industrielles ou médicales. Les recherches sont menées à Sassenage au centre de recherches et applications.

Vue aérienne de L'Air Liquide et des Tanneries Guillaumet

Stratti a donc bien connu le site de Fontaine. Il a pris sa retraite deux ans avant sa fermeture.
En effet, ne répondant plus aux besoins croissants de production, le site de Fontaine a été délocalisé à Voreppe et à Jarrie.
Stratti habite toujours à Fontaine avec son épouse Micky. Ils ont deux garçons.
Statti a connu le père d’Henri Martinenghi qui a habité sur le site. Il exerçait la fonction de sous-directeur jusqu’en 1952, successivement avec les directeurs Joffrey et Guéroux.
Faisons connaissance d’Henri, à présent.
Il est né en 1939. Il est arrivé sur le site L'Air Liquide en 1942 et y vécut avec ses parents et ses quatre sœurs jusqu’en 1948. Son parcours est exceptionnel. Après ses études à Saint Bruno et au collège moderne, il fait son service militaire en Algérie. A son retour, il travaille deux ans chez Marcel Dassault Aviation. Il part ensuite vagabonder à travers le monde, ce qui le conduit en Australie. Il rencontre Jill qui deviendra sa femme. Ils vivent à Voiron. Ils ont quatre enfants.
Henri a créé MTC Voyages qu’il a développé de 1978 à 1998, ouvrant une vingtaine d’agences. Il vend son affaire et crée à Saint Jean de Chépy à Tullins un domaine culturel, point de rencontres et de séminaires, actuellement dirigé par son fils Philippe.
Henri est toujours un des vice-présidents de la chambre de commerce à Grenoble.
Il nous raconte quelques souvenirs de son enfance.
« L’Air Liquide, protégé par de hautes grilles avait des allures de petite prison. Ce confinement était dicté par des raisons de sécurité, certains gaz étant explosifs ou inflammables. Je me souviens d'une fosse destinée à contenir une éventuelle explosion qui a, pendant la guerre servi d’abri aux bombardements » .

Cependant, ces grilles n’étaient pas totalement étanches… Lucien Vial, une légende, mécanicien talentueux, et monsieur Buisson, nous envoyaient chercher des litres de vin chez De Marchi. Nous avions nos jardins de l’autre côté des grilles, et avec Charles Colognesi, son frère Roger et moi, on faisait les courses.
Madame Buisson était très satisfaite de la sobriété de son mari, ramenant à la maison sa chopine à moitié pleine ou à moitié vide.
Souvenirs, souvenirs….
Souvenez-vous de la chanteuse Lily Fayol qui habitait avec ses parents rue Aubert.
Des camions de l’Air Liquide que nous prenions d’assaut pour nous accrocher aux ridelles et nous laisser emmener pour une promenade jusqu’à la place du Néron.
Des premières séances de cinéma dans la cave de Robert de Marchi.
Souvenirs, souvenirs.

Texte de René Broglio et Pif Carvello


L'école Maternelle Elsa Triolet

Historique de l’Ecole Maternelle Elsa Triolet

15 février 1972 : Mme Rouveyre, adjointe au Maire expose au Conseil Municipal la nécessité de prévoir un programme de construction de trois écoles maternelles pour la rentrée 1975-1976, dont l’école maternelle Elsa Triolet en priorité, car 85 enfants ont été refusés. Le secteur est composé de 59% d’étrangers et de 15 caravanes de gens du voyage.

3 mai 1972 : le programme pédagogique et technique de la construction de 4 classes pour le groupe Elsa Triolet est approuvé par le Recteur académique.

16 mai 1973 : vote d’emprunt de 170 000F (25916,333 euros) au Conseil Municipal pour l’achat d’un terrain, rue des Buissonnées.

1974 : Les parents et les enseignants continuent de se mobiliser pour obtenir la construction de l’école maternelle Elsa Triolet car 166 enfants nés en 1972 et 108 enfants nés en 1973 ont dû être refusés. La pétition a reçu 725 signatures.

20 février 1975 : le Conseil Municipal vote la construction de l’école maternelle Elsa Triolet

Octobre 1975 : une classe est ouverte dans un chalet sis dans la cour de l’école Robespierre en attendant la construction de l’école Elsa Triolet.

Rentrée 1978 : ouverture de l’école maternelle Elsa Triolet

Hier…  le plancher des vaches!

Aujourd'hui... le chemin des écoliers