EDITO
C'est ma fête !...
Si vous entrez dans Fontaine par le cours Berriat, via le pont, celui qui a des arches, vous ne pouvez pas me manquer. Je traverse la ville de part en part, droite com-me un I, depuis les rives du Drac jusqu’à la jonction avec ma sœur jumelle, en direction de Sassenage et de Valence…
Je suis contente que l’on parle de moi. J’en suis fière. C’est sûr, j’ai pris un sacré coup de vieux, surtout sur ma partie haute, celle qui a fait ma renommée naguère.
A cette époque, forte de ma jeunesse, débor-dante de bruits, de lumière, d’animation, de vie tout simplement, je suis courtisée de tous !...
Combien de commerçants se sont établis sur mes flancs ?... j’ai vu un cinéma, des pâtisse-ries, des boulangeries, des épiceries diverses… Et des bistrots, un garage et une pharmacie, des coiffeurs et des bistrots encore… Même les Pompes Funèbres ont eu pignon sur moi…
C’est une population dense qui vit et anime mes trottoirs et que je traîne sur mon dos par tous les temps…
Je suis une des plus grandes filles de la commu-ne. A ce moment-là, il n’y avait que des rues, des ruelles, des allées et autres impasses. Il a fallu attendre un peu pour entendre parler de boule-vard ou de mail !...
Je me suis offerte au tram. Il faut dire que je n’ai pas eu le choix… Je représente le tracé idéal, pas vrai ?...
Aussi, on m’a équipée, appareillée, harnachée pour être à la hauteur.
Dommage, en même temps, j’ai perdu peu à peu tous mes commerces. Les rideaux se sont baissés les uns derrière les autres, me réduisant ainsi au silence…Ce silence, je vous demande de l’écouter. Prêtez l’oreille et l’attention. Vous entendrez alors la respiration de tous ces habi-tants, leurs rires, leurs pleurs… Fermez les yeux. Vous verrez toutes ces femmes,
tous ces hommes, tous ces anonymes qui ont fait le Fontaine d’aujourd’hui…
Quand vous m’arpenterez, dorénavant, jetez un coup d’œil sur tous ces pas de portes dé-serts.
J’en suis sûre, vous les trouverez beaux…
Avenue Aristide Briand de 1920 à nos Jours

Bernard Bot et ses grands-parents sont prêts pour les noces vers 1939 - Photo Claude Bot

L'épicerie Léonidas

Le bar " Le verre Brillant ", sur l'emplacement " Les Fontainades".

La chemiserie Bot, à côté la bijouterie Marguier - Photo Claude Bot
 
Les Fontainades : Hier et aujourd'hui
Potins Briand ou brèves de comptoirs...
Le « Petit Elysée »...
C’était un établissement très fréquenté. Le foot y a établi ses quartiers souvent, au gré des saisons. La salle principale donnait sur l’avenue. Elle est occupée dans la semaine par quelques retraités, les plus valides (la retraite n’est prise qu’à partir de 65 ans). L’arrière-salle est réservée aux initiés. Il s’en joue des parties de cartes, rami, tarots… des parties intéressées dit-on … C’est un des seuls cafés qui est équipé de la télé. Merci, monsieur Blanc, on a pu ainsi suivre la coupe du monde de foot de 58. Je m’en souviens, c’était l’année de mon CAP !
L’examen se passait à Vaucanson. Les matchs se jouaient à 17 heures. Fallait pas traîner pour rendre sa copie, sauter sur son vélo afin d’avoir une place, dans la salle bourrée comme un œuf. On se serait cru au stade, tellement il y avait de l’ambiance.
Une porte latérale donnait sur des jeux de boules ombragés précédés d’une place gravillonnée.
C’est là, on peut le dire qu’est né le marché de Fontaine : en effet, deux ou trois fois par semaine, trois étals y élisaient domicile. Il y avait le primeur des 4 saisons Antoinette et Romain, la marchande de bonbons et biscuits secs Madame Juventin, et un fromager Mr et Mme Gella. Leur fille prit la succession sur le marché Bd Joliot Curie. En été, sur cette place ouverte sur l’avenue, se produisaient des spectacles gratuits. Je me souviens du magicien Saltano...
Les jeux de boules étaient très fréquentés. On entendait, de la rue, les boules s’entrechoquer, et le bruit des « planches ». Il y avait, au fond du clos, enfermée dans une niche, miss Fanny. C’est la statue d’une fille qui présente la partie arrière de son anatomie. Les malheureux joueurs, qui ont marqué zéro point, doivent lui faire une bise…
Jeannot Sarian, le fils du marchand de chaussures dont la boutique fait face au petit Elysée apporte ici un témoignage. En 1933, les propriétaires étaient les Jourd’hui, un couple sans enfants. C’est sur le petit Jeannot qu’ils vont porter leur affection. Ils vont le câliner comme s’il était le fils de la maison. C’était une époque où les portes étaient ouvertes à tous. Tout le monde s’aidait. Les enfants vont de famille en famille. Tantôt chez les Pelatan, à la boulangerie Roudier ou au bar chez Goffi. Un bout de pain ici, un morceau de lard là, du chocolat ailleurs… Soixante-dix ans, la mémoire est vivante, l’œil s’éclaire. Il s’embue un peu...

Le petit Elysée était très fréquenté.
Chez Jourdan…
C’est mon café, le point de ralliement des copains. Il s’appelle à présent « Le Tram ».
Les propriétaires sont les Jourdan qui ont succédé à Francis qui avait lui-même remplacé Goffi. Monsieur Jourdan est pisciculteur. C’est surtout sa femme qui fait tourner l’affaire.
C’est une maîtresse femme. Louise Belle-Pérat est son nom de jeune fille, patronyme très connu sur Fontaine. On l’appelle « maman », c’est un peu la « Laurette » de la chanson !
On peut se confier à elle. Elle nous écoute, nous conseille.
Elle fait restaurant. C’est elle qui cuisine. Le bar est une petite pièce toute en longueur. Il n’y a que trois tables qui font face au comptoir. En face, en entrant se tient un juke-box. Dans l’angle, près de l’entrée, un flipper… On peut passer toute l’après-midi en ne consommant qu’un café, en jouant à la belote avec les habitués. Il y a là, le père Gineys, Lino de Cortanze, Loul Sibillat, Lulu Gasque, l’Antoine Curto et les autres…
La salle restaurant attenante au bar, s’ouvre sur l’avenue Jean Jaurès. La patronne nous la laisse le dimanche après-midi pour nos « surboum »…
C’était bien, c’était chouette…
Il suffit parfois de passer le pont…
Saviez-vous que dans le temps, pour passer le pont, il fallait payer un octroi ?
Les Grenoblois en ont fait les frais. La viande était moins chère à Fontaine.
C’est ce qui explique le nombre important de boucheries !
Dire qu’à cette époque c’est eux qui allaient en ville !
Rêvons
La disparition rapide du commerce de détail, Avenue Aristide Briand, a profondément modifié le quartier qui était le plus commerçant de Fontaine.
Dès l’installation prévue de RECORD à Fontaine les commerçants se sont organisés en un Groupement des Commerçants et Artisans Fontainois, avec comme animateurs Maurice Genin, qui faisait le lien avec la municipalité, et Marius Bot. Ils interviennent auprès du Préfet pour sauvegarder le commerce local.
Bien des démarches furent entreprises pour stimuler le commerce local : quinzaines commerciales, animations …
A noter que beaucoup de commerçants ont regretté l’installation de RECORD, aujourd'hui GEANT CASINO à Fontaine. En fait si Fontaine avait refusé, Casino se serait installé 500 mètres plus loin, l’effet sur le commerce local aurait été identique, mais il n’y aurait eu aucune retombée positive sur les finances locales. La Mairie n’est pas restée inactive, un audit a été demandé à la Chambre de Commerce qui a fourni un document impressionnant et très cher, sans qu’il soit possible d’utiliser des conclusions valables.
Puis en 1987 est arrivé le tram, précédé par 3 ans d’études pour trouver la meilleure solution pour satisfaire les habitants de Fontaine, trajet direct, Avenue Aristide Briand, Pont puis Cours Berriat, avec création d’une zone piétonne qui n’a pas répondu aux espoirs attendus.
La lutte pour obtenir des PARKINGS en quantité suffisante pour assurer la survie des commerces n’a pas été gagnée et les quelques réalisations aux Fontainades par exemple ont très vite été saturées.
L’Arrivée du Tram a été le dernier élément qui a rendu la vie des commerces encore plus difficile. Mais on doit bien se rappeler ce qui a précédé : l’arrivée des Grandes Surfaces avec leurs immenses parkings que ce soit Géant, Carrefour, ou Leclerc qui ont drainé les consommateurs.

Les travaux en attendant le Tram.
Les habitudes ont changé rapidement, voitures, télévision permettant un matraquage publicitaire pour des marques de lessive ou de vidéo incitant le client à venir voir et avoir l’impression de choisir alors qu’il n’y a plus personne pour le renseigner ou le guider vers le produit qu’il recherche.
Enfin l’attrait de Grenoble, ville centre avec encore « pour quelques temps » une grand richesse de magasins de détail qui ne peuvent plus vivre à Fontaine.
Et maintenant l’Avenue du Vercors est à son tour touchée et les commerces fermant peu à peu.
Le groupement des Commerçants et Artisans a mené pendant plus de 10 ans une lutte exemplaire pour conserver l’activité commerciale à Fontaine ; - « CHAPEAU » -, même si les résultats n’ont pas été à la hauteur des efforts.
Rêvons quand même un peu, un mouvement de retour vers le petit commerce pourra se produire quand les acheteurs préféreront le contact, le service, et, qui sait, l’amitié de l’épicier du coin à la grande surface !!!
Entretien réalisé par Albert Potton auprès de Maurice Genin.
- Mémoires - Avec le soutien de la Ville de Fontaine, du Conseil Général de l'Isère, de l'Etat (D.D.E), du Feder-Pic-Urban, de la Metro, du Fasild, de la région Rhône-Alpes.
50, avenue Aristide Briand - 38600 Fontaine et 17, rue Jean Bocq - 38600 Fontaine
Tél. : 04 76 53 22 16
E-mail : memoire.present@club-internet.fr
Horaires d'ouverture :
Mardi : 14 H 30 - 17 H 30
et sur rendez-vous
Ont contribué à ce numéro:
Ont contribué à ce numéro :
Denis Guignier, Suzon Jadeau, Epifanio (Pif) Carvello, Claude Bot, Jean Sarian, Jean Mariac, Paulette et Roger Laffont, Maryline Païs, Maurice Genin, Hanane Bilouk, Isabelle Fonné, Albert Potton, Roger Pedrotti, Athanase Varonakis.
- Maquette du journal : Valérie Le Garroy.
- Imprimerie des Eaux-Claires.

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Une course cycliste prise en haut de l'avenue Arisitide Briand dans les années vingt. Le cinéma Vog n'était pas encore construit.
Balade sur l’avenue Aristide Briand
La famille de madame Laffont s’est installée à Fontaine en 1932, rue Maréchal Joffre.
Ses souvenirs datent donc de cette époque entre deux guerres.
Sur l’avenue Aristide Briand, du pont du Drac à l’actuelle place Louis Maisonnat, les boutiques d’artisans et commerçants se ser-raient les unes contre les autres de chaque côté de l’avenue. Aucun rideau baissé, aucun pas de porte laissé à l’abandon. On trouvait tout sans être obligé d’aller à Grenoble ou dans les supermarchés dont on ignorait l’existence, d’ailleurs.
Paulette Laffont, aidée de Roger, son mari, essaie de retrouver les commerces qu’elle a connus pendant plus de soixante dix ans.
Jean Mariac, interrogé à son tour a pu compléter ou corriger la liste. Il a des souve-nirs encore plus anciens et très précis surtout dans la partie haute de l’avenue.
Naturellement, madame Laffont sort de chez elle, rue Maréchal Joffre, tourne à gauche sur l’avenue, en direction de la place Mai-sonnat. Laissons-lui la parole :
A l’angle, la maroquinerie, qui avait rem-placé un coiffeur en 1960, vient ensuite la droguerie Julien, gérée tour à tour par le père et le fils, le magasin de chaussures, chez Louis, que j’ai toujours connu, tenu d’abord par la grand-mère puis madame Martin, qui l’a conservé jusqu’à sa fermeture définitive. La boutique voisine une mer-cerie bonneterie tenue par deux dames, dont madame Breillet, (chez les deux sœurs !...) a été rachetée par madame Arvet-Touvet, créatrice de Pantashop. A la suite, la charcuterie Bernard. Les propriétaires précédents étaient les parents de Jean Bocq, le résistant, mort au Maquis du Vercors en 1944. Au numéro 41, la poissonnerie Léonidas-Moroni que tous les Fontainois connaissent. Ils étaient déjà là, en 1945. Au début, ils ont vendu de l’épicerie, de la volaille, des œufs, des lapins, des tommes et du poisson à l’extérieur, les vendredis et jours de fête seulement. Peu à peu ils se sont spécialisés dans les produits de la mer. Dans la bouti-que d’à côté, Isabelle Bellone vendait des fleurs et des plantes, tout en faisant la conversation aux passants…

Boucherie Gauthier à l'angle de la rue Gabriel Péri - Mme Gauthier et Mme Berlioux
Elle a cédé son commerce, en 1990, la suc-cession n’a pas duré longtemps. Le bar qui subsiste encore touche la fleuriste. Le ma-gasin Pingouin, de madame Bellon, a rem-placé l’épicerie Collin et Bellon, avant de devenir une boutique de prêt-à-porter, chez Gisèle et Bernard Buchner. A la suite, à l’angle, juste avant le garage Citroën, se te-nait un coiffeur, Coco Kesténès qu’a rem-placé un fromager. Après la rue de la Tan-nerie (Alpignano), encore une épicerie chez Pinto, puis les tanneries Guerry qui fai-saient face au bar des Pyrénées et plus rien sinon la Saulne, gros ruisseau qui traversait Fontaine, à la place de l’actuel boulevard Joliot-Curie.
En face, se tenait la fonderie Collignon, le garage Pedron, et, dans l’immeuble qui a été démoli, se trouvait un magasin de vête-ments d’enfants. J’y ai habillé mon fils né en 1955. Tout à côté, la quincaillerie-élec-troménager-bazar, chez Pendino. Le para-dis des bricoleurs, on y trouvait tout ! Un magasin de sport l’a remplacé. Un clin d’oeil, l’association Mémoires y a siégé… A la suite, le magasin de photos le studio Paul, suivi de la banque le Crédit Lyon-nais, un des tous premiers établissements à s’être installé sur la commune.
En remontant vers l’avenue Jean Jaurès, plus de commerces, des villas sur quelques dizaines de mètres et le Petit Elysée, un bar restaurant qui vient tout juste d’être rasé.
La balade souvenirs de madame Laffont la ramène à l’angle de la rue Maréchal Joffre. Elle va remonter l’avenue en direction du pont, côté impair. Il y avait là une grande épicerie fine, chez Gineys. A sa place se sont installés d’abord le studio Paul (tiens comme on se retrouve), jusqu’en 1980, et une coiffeuse à présent. On passait devant un réparateur de télévision, une pizzeria. Dans l’immeuble construit en 1956, on ren-contrait la boucherie chevaline chez Léo, suivie du magasin de chaussures Sarian. A côté les Martin-Missaga vendaient de la bonneterie et des vêtements de travail. Il y avait les deux magasins Pelatan. Le mari s’occupait de la vente et réparations de cycles, la femme d’une épicerie. Un de leurs fils Victor, pris dans la rafle le 11 novembre 1943 à Grenoble a disparu dans un camp de concentration. A cet endroit, il y a maintenant un cordonnier, un assureur, le cabinet Pluralis, et la boulangerie qu’on a toujours vue à Fontaine. Parmi les propriétaires précédents, Roudier Traversons l’avenue Jean Jaurès, pour trouver le café Goffi, qui existe de mémoire de Fontainois, suivi d’un cordonnier. Une pizzeria a fait une courte apparition à sa place.
 
Le haut de l'avenue Arsistide Briand : hier et aujourd'hui
Après, l’importante pharmacie Chavanne, un bistrot. Je me souviens d’un pressing : l’Ibis et à la suite le garage Laverdan et la villa du vétérinaire Laffont. Il y avait aussi à la charcuterie Goy dont le fils a été pris dans la même rafle que le fils Pelatan et qui lui aussi périt en déportation. On trouvait encore la boucherie Gauthier qui faisait des livraisons jusqu’à Seyssinet, cette commune n’ayant pas de commerces à l’époque. Un Casino faisait l’angle de la rue Gabriel Péri. Ensuite, un café, le Porte pot, tenu par monsieur Turel.
C’est incroyable ce qu’il y avait comme magasins. Ça se touchait tout! Une torréfaction Fraica tenu par monsieur Jinka, Il y avait le coiffeur monsieur Gras, puis Bolla. Encore un bistrot et la graineterie Jay, dont l’entrepôt se situait sur le trottoir d’en face. Suivait un marchand de télévisions et radios Pellat-Jouve qui deviendra l’electro-ménager Barbe, le pâtissier Troussier remplacé par Mopon et par Breuils. Il y avait la chemiserie de monsieur et madame Bot, résistants connus. C’est le fils Mopon qui leur a succédé. Il y avait aussi un magasin de pompes funèbres,et le photographe Thrasso qui a fait pendant des décennies le portrait de tant de Fontainois et enfin le bureau de tabac et presse, tout près du pont. Au début du siècle, au numéro 1, la famille Léonidas a ouvert une première épicerie dans une petite maison située eau niveau du tabac. Elle a disparu quand l’immeuble fut construit. Elle a ouvert une autre épicerie au numéro 7. On traverse : voilà l’hôtel, chambres meublées et restaurant Ponson, dont le propriétaire a été maire de la commune de 1924 à 1944. L’établissement s’appellera La Cloche jusqu’à sa démolition. Il sera rebâti au bout de l’avenue du Vercors. Un autre restaurant lui fait face, en retrait et en contrebas : le Belle-Rive avec sa salle qui organisait bals et banquets.
En redescendant, après la Cloche, un fournisseur d’équipements de jardins chez qui j’ai acheté une brouette. Le cinéma Vog précédait la grande fromagerie Basset qui doit correspondre au nouveau Vog, espace exposition. On trouvait la grande boucherie Barthelémy qui occupait l’ancien entrepôt Jay, le grainetier. On trouvait une épicerie les Docks Lyonnais, le café Berthet et la boulangerie, à l’angle de la rue Gabriel Péri, tenue par Fauchon, Marteau, Dandel puis par Trouilloud, le propriétaire actuel. On traverse, et voilà le café restaurant de monsieur Calvi : le Verre Brillant, qui a remplacé l’ancien café Rati. On arrivait sur le pas de porte de Corazzola, le vitrier, près de la villa qui abrite le Crédit Mutuel. On rencontrait un marchand d’articles ménagers, Ferrière, qui laissera sa place à un coiffeur, puis à un vitrier. A la suite, une fleuriste et la boulangerie Pépin à laquelle on accédait en montant quelques marches.
Il y avait une modiste, le photographe Ferlay, et la boucherie Paulet, puis Pilot réputée pour sa viande et ses produits traiteur. C’est une boucherie Hallal, maintenant, tenue par Hacène Bouchelta (rappelons qu’il a été pour la petite histoire opérateur au cinéma Vog). En traversant l’avenue Jean Jaurès, on retrouve le Petit-Elysée, et la boucle est bouclée.
C’était un quartier animé avec tous ces commerces et leur clientèle. Tout le monde travaillait, il n’y avait pas à se plaindre… Le tram traversait le Drac sur le pont du Vercors et revenait par la rue Jean Jaurès.
L’avenue du pont suspendu… Ainsi s’appelait l’avenue, jusqu’en 1937, date à laquelle un nouveau pont à trois arches de béton remplaça l’ancien pont. La dénomination ne convenant plus, elle sera désormais baptisée Avenue Aristide Briand.
Propos recueillis par Suzon Jadeau
Claude Bot, Robert Sarian et Roger Pedrotti qui ont beaucoup " pratiqué " l'avenue nous ont apporté aussi leurs souvenirs personnels complétant le récit de Paulette Laffont et de Jean Mariac. Un merci à Claude Bot pour ses photos anciennes.
Nos grands boulevards
Cette avenue fut d’abord celle du Pont suspendu, suspendu de ses fonctions pour cause d’âge avancé. Le nouveau pont inauguré en 1939 rendait caduque l’ancienne appellation. Il fallait trouver un nouveau nom. Un célèbre homme politique, mort quelques années auparavant, donna le sien : Aristide Briand. On se doit de connaître la carrière de cet orateur célèbre, onze fois président du conseil, quinze fois ministre des Affaires Etrangères, apôtre de la Paix dont il fut le prix Nobel, en1926. Brillant, il le fut aussi par son prénom (Vient du grec « aristos » qui signifie excellent).
Déroulons nos souvenirs en descendant l’avenue. À gauche, à l’angle après le pont, le magasin de Journaux Papeterie Chastel, puis le studio photo Thrasso Eliopoulos (Voir Mémoires N° 11) et l’épicerie Léonidas dont la fille, Louise devint elle aussi plus tard et plus loin au n° 41 de la même avenue, commerçante avec son mari Jean Moroni (Voir Mémoires n° 8, la saga du poisson).

Saviez-vous que dans le temps, pour passer le pont, il fallait payer un octroi ?
Quelques mètres plus loin, la mercerie des frères Bot jouxtait une pâtisserie qui se remplissait aux entractes, vidant le cinéma Vog situé en face. La direction du cinéma a été longtemps assurée par monsieur Planquel dont la voix de baryton impressionnait les enfants (c’était un véritable chanteur qui participait à des concerts symphoniques) ; bienveillant, il fermait les yeux pour ne pas voir les tricheurs qui se faufilaient. Revenons à gauche, après la pâtisserie, une graineterie, véritable caverne d’Ali Baba avec les sacs entassés les uns contre les autres. En retrait, plus loin, un débit de boissons modeste puis un magasin. Suivait un salon de coiffure homme puis, à l’angle de la rue Gabriel Péri, un café. Retour à droite, après le cinéma, la maison Basset, commerce d’alimentation, suivi de la boucherie Gaillard et d’un magasin succursale et, à l’angle de la rue des écoles, la boulangerie Dandel. Toujours à droite en descendant, à l’autre angle, un café longtemps tenu par les époux Ugo. Quelques mètres plus loin un « bazar » puis, avant la rue de la Poste, une autre boulangerie à laquelle on accédait par des marches, les clients étaient très habitués à ces marches dangereuses et usées par le temps, tant et si bien qu'après que le boulanger les ait fait restaurer, on ne comptait plus les gens qui trébuchaient, surpris, leurs semelles ne les reconnaissaient plus.
Retour à gauche, en face du café Ugo, un café, puis une charcuterie Goy dont le fils, arrêté à la manifestation du 11 novembre 1943, n’est jamais revenu, puis un autre commerce, après l’atelier de Plomberie

Il y a foule à l'épicerie du quartier - Photo fournie par Mme Moroni.
Zinguerie des frères Sasso suivi d’un garage, puis une mercerie avant la pharmacie Chavanne, apothicaire affable sans affabuler, chez lequel on trouvait même des sangsues en bocal supposées faire baisser la tension sanguine. Après un atelier de ressemelage enfoui dans un renfoncement, le café Goffi repris plus tard par Francis.
Au croisement avec la rue de la Poste, la boulangerie pâtisserie Roudier faisait l’angle.
Après le fournil, les magasins animés par Madame et Monsieur Pelatan, elle à l’épicerie, toujours aimable et lui, infatigable, aux cycles. Suivaient le magasin de tissus Martin Missaga et le magasin de chaussures Sarian. Ensuite, un espace non encore construit, envahi de mauvaises herbes où d’autres mauvaises herbes du quartier (devenus pour la plupart de braves garçons dont je faisais partie) se réunissaient pour se raconter les derniers westerns près de l’épicerie fine. Quand les discussions se prolongeaient tard, l’épicier sortait pour annoncer haut et fort l’extinction des voix sinon des feux, mais le cœur n’y était pas. Il finissait par participer aux débats jusqu’à ce que sa femme sorte à son tour et rappelle tout le monde à l’ordre.
Impossible d’oublier le « Petit Elysée » en face des magasins Pelatan. On y trouvait, avant la guerre, un superbe billard. Des figures mémorables y ont trôné, dans le désordre, les familles : Sensoly dont le père était le sosie de Raimu, Lafranceschina, Francis (qui reprendra la café Goffi), les époux Blanc ; Georges travaillait la journée chez Dragon et reprenait sa place au bar le soir. Le jeu de boules était contigu à l’établissement et les parties se prolongeaient tard le soir au grand dam des voisins. Ce café mythique n’est plus, la démolition est passée par là, aveugle. Mais les soirs de pleine lune, on entend parfois les boules s’entrechoquer et les rires ou les cris des joueurs.
Passé la rue Maréchal Joffre, à nouveau à gauche, le salon de coiffure tenu par Christophe Kesténès secondé par son
fils Nicolas, la pièce du fond côté cour était aménagée en salle de danse avec « phonographe » et les filles du quartier étaient les bienvenues. En l’absence de clients, « Nico » prenait la guitare et chantait les derniers succès de Jean Sablon. Les jeunes du quartier entraient un par un dans le salon pour assister au concert avant de se faire sortir par Christophe à l’arrivée d’un client.

Sortie Dragon : Nasso Varonakis, Raymond Mabilon, Philippe Presti, " Dodo " Fortebrandi, Lucien Trapani, Georges Manoukian et un inconnu ... Vous reconnaissez-vous ?
Photo fournie par Annie Mabilon.
L’épicerie contiguë était exploitée au milieu des années trente par Jean et Marie Varonakis (sœur de Christophe, le voisin) On y trouvait, outre l’épicerie traditionnelle et les légumes, des produits orientaux. L’épicerie fut transformée en droguerie par les époux Tournier qui officièrent jusqu’à la Libération. Leur succédèrent pendant de nombreuses années Julien puis son fils. Le magasin de chaussures qui suivait était tenu à l’époque par Léon Pinel qui devint maire de Fontaine à la Libération. La boutique fut reprise par Madame Briançon, assistée de son petit-fils Raymond Moyroud lequel transmit le flambeau à sa sœur pour créer avec son propre fils de nombreuses boutiques à Grenoble. Le magasin suivant fut d’abord une boucherie avant d’être transformé en poissonnerie par Louise Léonidas/Moroni et son mari dont on a déjà parlé. Une mercerie tenue par deux sœurs puis par Madame Cialdella, transformée aujourd’hui en « pantalonnerie », précédait une charcuterie où officiaient les époux Bocq, parents du grand résistant Fontainois. Un magasin hétéroclite où l’on trouvait notamment des objets cadeaux moins fantaisistes que la marchande. Le magasin/bureau de Monsieur Leca, encombré de bidons de peinture, était suivi du café « Mon Bar » dont le patron a initié beaucoup de jeunes du quartier au jeu de dames dont il était champion. Encore une épicerie tenu par les Bagalino qui quittèrent Fontaine à la Libération. L’épicerie fut reprise par les époux Diasparra, beaucoup plus sympathiques. Un commerce de cycles par Gabriel Balthazard, peu présent pendant la guerre pour cause de « maquis » dont il ne revint pas. Le magasin et l’atelier virent passer successivement Michel Caratjas et « Lulu » Trapani avant de se mettre sur leur trente et un devenant un magasin de vêtements. Un salon de coiffure s’installa dans un petit immeuble construit après la guerre ou l’on retrouve Nicolas Kesténès, son talent et ses amis clients.
Cette portion de l’avenue Aristide Briand était la plus commerçante. Cette énumération imparfaite ne peut pas traduire l’animation et l’ambiance qui y régnaient. C’était « nos grands boulevards ». On s’y promenait autant qu’on faisait ses courses surtout dans la partie comprise entre le pont du Drac et la rue de la Poste. Après la rue de la Poste, le quartier était plus modeste, plus intimiste. Les boutiques restaient ouvertes le soir, dans les beaux jours, jusqu’à la tombée de la nuit. Les commerçants sortaient les chaises et échangeaient des propos sur tous les sujets.
Que reste-il de tout cela ? Des souvenirs et quelques photos de notre jeunesse.
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