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EDITO
Dans ce numéro 18, les « Dragons », à qui on a fait la part belle dans les deux précédents bulletins, laissent leur place à des récits de mémoire de Fontainois. Le comité de rédaction Une affiche des HLM de la Place du Néron ![]() ![]() Vous ne l'avez pas reconnu ... Jean Castaing : Un pourfendeur de la médiocrité Jean Castaing homme de contact avait un noyau d’amis avec lesquels les discussions riches et animées étaient monnaie courante. J’ai eu le plaisir d’être un de ses amis. Jean Castaing - Portrait par Wainwright peintre fontainois Arrivé à Fontaine en 1960, membre d’un groupe d’éclaireurs de France du lycée Champollion, j’ai fondé un groupe local avec l’aide précieuse de Castaing. Il a ainsi permis aux jeunes éclaireurs et éclaireuses de bénéficier de week-end dans les chalets d’« Amitié-Nature » à Saint-Mury et aux Séglières pour la pratique du ski, luge et autre glisse.
Il arrivait avec son vélo qu’il posait alors contre la vitrine comme s’il voulait dire qu’il ne s’arrêtait pas, qu’il ne voulait pas gêner… mais avec l’intention de faire au gré des mots échangés, un tour d’horizon qui, de toute évidence ne pouvait se cantonner à quelques minutes volées au temps qui passe. Il poussait la porte, sa chemise à carreaux noir et blanc ou roux foncé et clair, son pantalon marron à la Tintin, et ses chaussettes de laine écru style montagnard, la tête enfouie sous une toute aussi immuable casquette écossaise. La porte en verre poussée, ses grands yeux malicieux s’éclairaient derrière ses lunettes légèrement teintées. Il grommelait son salut habituel et c’était parti. Passaient alors en revue la situation du pays, les problèmes de lutte syndicale, la vie sportive locale, ses « démêlés » toujours courtois avec d’autres amis de sections sportives. Ces échanges ne faisaient que confirmer la vision que je m’étais faite de lui, un humaniste jamais mis à défaut, un pourfendeur de la médiocrité, un anarchiste tempéré, un homme respectueux de l’ordre établi… J’appris aussi que notre ami avait fait le « petit séminaire », cela l’avait certainement marqué bien au-delà de ses qualités vocales (certain se souviennent d’Ave Maria retentissant après des soirées amicales), bien qu’il se soit vite déclaré athée à la façon de Jacques Prévert. Jean était avant tout un électron libre dans ce monde tourmenté, et d’ailleurs se revendiquait, carte d’identité à l’appui, « citoyen du monde » ne voulant jamais présenter sa carte d’identité française (sauf pour faire les papiers à la Préfecture !).
Cela lui valut des déboires lors des manifestations du premier jumelage à Alpignano au passage de la frontière! Jean aimait tant les autres qu’il ne parlait que très peu de lui. Il disait simplement, encore une façon de cacher son émotivité, je vais rejoindre « ma bourgeoise » en parlant de son épouse qui le suivait partout et acceptait tous les engagements militants de son mari. C’est comme çà que j’ai appris qu’il avait un chez lui! Il lui aura certainement manqué une chose dans sa vie à Jean : des enfants. Alors pour compenser, il prenait les enfants de son quartier leur préparerait une sortie, se comportant alors comme un « papa-gâteau », un peu trop diront certains de ses amis tant il voulait leur donner. Il avait aussi au fond de lui un côté enfant. Plusieurs fois, il a fait quelques blagues à des amis, mais aussi à des personnes avec lesquelles il s’était affronté, peut être pour leur rappeler que la vie est trop courte pour gâcher le temps présent avec des conflits futiles. C’est pourquoi on le voyait au premier plan au Corso de Fontaine avec les chars d’Amitié-Nature ou autres. Serge Chaléon avec la participationd’Ambroise Di Dio - Mémoires - Avec le soutien de la Ville de Fontaine, du Conseil Général de l'Isère, de l'Etat (D.D.E), du Feder-Pic-Urban, de la Metro, du Fasild, de la région Rhône-Alpes. 50, avenue Aristide Briand - 38600 Fontaine et 17, rue Jean Bocq - 38600 Fontaine Horaires d'ouverture : Ont contribué à ce numéro: Ont contribué à ce numéro : - Maquette du journal : Valérie Le Garroy.
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La Place du Néron en 1937, l’épicerie Orientale était tenue par Monsieur Apkarian Souvenirs, impressions, nostalgie Ce sont les témoignages déjà évoqués dans les précédents numéros, qui ont ravivé, en moi, une partie de mon enfance passée place du Néron. Que les auteurs en soient remerciés, car ils suscitent en chacun de nous, un retour en arrière. Sur une tranche de vie importante, qui les a façonnés et préparés pour la suite de leur vie. J’ai bientôt 68 ans. J’ai habité 1 Bis, rue de la Mégisserie, devenue depuis rue Jean Pain, chez monsieur et madame Buisson, parents de madame Hostachy, dont le fils est l’actuel exploitant horticole « les 3 sapins ». Nous occupions le premier étage. Nous y avons vécu de 1940 à 1952. Ma sœur Marie-Thérèse y est née... A notre arrivée, la propriété, cultivée pour le maraîchage, était exploitée par madame Buisson et sa fille. Monsieur Jean Buisson, excellent mécanicien, avait, lui, un atelier de mécanique générale, dans les bâtiments construits sur la propriété, rue Jean Pain. Issu des premières formations de mécaniciens de l’école Vaucanson, il a été, tout comme son cousin Gaillard, voisin et propriétaire lui aussi de son atelier, parmi les Fontainois de génie, détenteurs de nombreux brevets. Tous deux concevaient et réalisaient des outillages spéciaux, des petites presses destinées à l’estampage et emboutissage, utilisées aussi bien dans les entreprises grenobloises, Raymond, Le Prophète, qu’en Extrême-Orient, ou ailleurs.
J’allais, de l’atelier où Jean Buisson me mettait un marteau ou une lime entre les mains et une pincée de tabac à chiquer dans la bouche, à la propriété qui était aussi mon aire de jeux. J’en connaissais les moindres recoins. Les arbres fruitiers y étaient nombreux. En période de récolte, je ne me suis jamais privé de goûter et de chaparder les plus beaux fruits. Les propriétaires n’ont pas été dupes, je pense. Aussi, je les remercie vivement et rétrospectivement d’avoir eu la sagesse et la bonté de fermer les yeux sur ces larcins de gamin, sans aucun reproche ni propos désobligeant.
Si la sociologie avait existé telle que nous la connaissons aujourd’hui, la Place du Néron aurait été un laboratoire d’étude exceptionnel sur l’intégration.
Car, en cette période d’après guerre, malgré les difficultés du quotidien, c’est dans la joie et la fraternité que cette enfance s’est déroulée.
Plus tard, pour jouer au foot, nous nous sommes déplacés sur le terrain, près de l’école des Marronniers (Jules Ferry). L’école Danièle Casanova n’était pas encore construite. Texte de René Broglio La marche des écoliers I Nous sommes des enfants Refrain
Henriette Perrin Auschwitz Mémoires se rafraîchit !... C’est une nouvelle venue à la rédaction. Elle est toute jeune, elle a 17 ans. Elle vient de participer avec le Lycée Aristide Bergès, dans le cadre d’un projet histoire, à un voyage en Pologne via la République Tchèque, à la rencontre du plus douloureux moment de l’histoire de l’Humanité : les camps de la mort. Chacun d’entre nous connaît ce triste épisode. Le sujet peut paraître usé, surtout en cette année de soixantième anniversaire… Il n’en est rien. Elle fait écho à Jean Ferrat, qui dans sa chanson proclame « mais qui donc est de taille à vouloir m’arrêter ? L’ombre s’est faite humaine, aujourd’hui c’est l’été… Je twisterai les mots s’il fallait les twister… » Elle nous relate ainsi ce qu’elle a ressenti avec son jeune cœur de jeune fille. Elle essaie de mettre un peu de lumière sur cette période de « Nuit et Brouillard ». Nous arrivons à Auschwitz Birkenau aux environs de 10 heures en ce matin du 22 octobre. Notre bus se range, au milieu des nombreux autres déjà garés… Nous sommes enfin au bout du voyage, comme l’ont été ces millions de déportés acheminés des quatre coins de l’Europe, entassés dans des wagons à bestiaux, il y a de cela plus de 60 ans. Nous voici donc sur ce sol, là où nous savons qu’ont été commises les pires horreurs. Pourtant, difficile, impossible de se représenter ce qu’ont dû ressentir ces millions d’hommes, de femmes, d’enfants quand ils se sont retrouvés ici. Ici, cet ici, au milieu de nulle part, au fin fond de la Pologne, là où le froid et la nuit sont plus que jamais redoutables. Pourtant aujourd’hui, il fait particulièrement beau. Le soleil sur ces lieux en devient presque insultant. Cela va sûrement rendre cette journée moins difficile à vivre, comme si la nature voulait, elle aussi oublier l’horreur, la barbarie des hommes, l’indescriptible. Cependant, la description s’impose ! Elle garantie la transmission de la mémoire de la Shoah. ![]() Notre visite s’effectuera en deux temps. Nous entrons tout d’abord dans le camp principal d’Auschwitz (aujourd’hui transformé en musée) par le portail tristement célèbre de part sa maxime « arbeit macht frei » (le travail rend libre). Tout est propre, presque joli. Nous avons du mal à imaginer que des hommes, devenus de véritables loques à cause de la cruauté d’autres hommes, ont arpenté cet endroit. Chaque baraque a été rénovée et aménagée en salle d’exposition où nous observons des portraits de déportés, des photos prises en cachette par des SS lors des sélections (à leur arrivée, les déportés étaient triés : certains étaient directement dirigés vers les chambres à gaz, les autres, aptes au travail, entraient dans le camp), des documents nazis, des maquettes des chambres à gaz, des dizaines de boites vides de Cyclon B… Le regard des déportés sur ces photos est difficile à soutenir. Tous ont la même expression, une expression paradoxale de vide et de vie malgré tout. N’est ce pas notre propre ressenti que nous prêtons à ces regards, qui nous rend si mal à l’aise ? ![]() Une des baraques est consacrée aux effets personnels des déportés : nous y observons des montagnes de chaussures, des brosses à cheveux, des lunettes, des prothèses, des vêtements de bébés, des valises. Les nazis ont tout pris à ces hommes. Dans une salle s’amoncellent des tas de cheveux. Les nazis ont fabriqué une usine de mort, et comme si réduire un peuple à néant ne suffisait pas, ils se sont servis de ces hommes comme matière première. Par exemple, ces cheveux servaient à la fabrication de toiles. ![]() Nous arrivons au mur des fusillés qui se trouve encadrés par des salles de torture où les nazis procédaient, entre autre, à des expériences criminelles. A Auschwitz il reste une chambre à gaz ainsi que deux fours crématoires. Nous réalisons alors toute la signification de la « solution finale » : c’est ici que chacun, selon la logique nazie, devait arriver tôt ou tard. La deuxième partie de la visite a lieu à Birkenau (ou Auschwitz II), à 3 kilomètres du camp principal. Ce camp occupe une surface de 175 hectares sur lesquels il y avait plus de 300 baraquements. Seulement une soixantaine a pu être conservée. Tout est immense, vide, et c’est une ambiance bien différente de celle d’Auschwitz I, plus lourde, plus pénible. Contrairement à ce matin, nous ne voyons plus d’images, nous subissons une atmosphère. Les nazis ont tenté d’effacer au maximum les traces du génocide. Nous pouvons tout de même visiter une baraque, où dormaient les déportés. Le guide tente de nous rapporter les conditions de vie déplorables des déportés, nous sommes évidemment écoeurés, choqués, pourtant ces paroles ne seront toujours que des mots… Nous continuons la visite de Birkenau en silence. On nous indique les emplacements des chambres à gaz, des crématoriums, des fosses… Les nazis ont tenté d’effacer toutes les traces du génocide, pourtant rien n’a été inventé, Birkenau à réellement été une usine de mort, le lieu d’un massacre injuste et sans limite !
Nous arrivons dans une salle immense, tapissées des photos personnelles des déportés, celles « de leur vie d’avant », ce sont des scènes de joie, de bonheur, de la vie quotidienne… Nous ne voyons presque jamais la Shoah sous cet angle, nous connaissons en effet les photos des déportés par les livres, les films mais on nous montre rarement ce qu’étaient ces hommes avant… C’est pour nous bouleversant de voir que les nazis n’ont pas assassiné qu’une masse de personnes, c’est avant tout des millions de destins, d’identités, de vies singulières qui ont été sacrifiés ! Texte et photos de Noémie Fonné
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