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EDITO L'amour ! Que dire de plus qui n'ait déjà été dit ? Il y a autant d'histoires d'amour que de femmes, d'enfants et d'hommes sur cette terre. Chacun aime à sa façon, dans son temps, qui il veut. Le comité de rédaction 30 ans après ! Une histoire simple... Des adolescents qui s'aiment, qui rêvent d'un avenir fécond, ont-ils compris ce qui leur arrive,Cupidon a décoché sa flèche sur des coeurs encore vierges. Il était venu pour la première fois dans ce village perdu fin 1973.
Il était 19 Heures 45. La salle fermait à vingt heures. Le dernier quart d'heure fut habituel, théâtre de querelles musicales sans rapport avec notre histoire. Texte de Gilles Cochet Lou vertadièr amor Aujourd'hui près d'un couple sur deux reconnait s'être trompé en divorçant de l'être " aimé ". Seul l'amour d'une mère et d'un père pour son enfant semble être le véritable amour comme nous le conte ce poème dans le patois que parlaient depuis la nuit des temps les anciens de Fontaine ainsi que ceux qui habitaient la Mathésine, le Triève, la Drôme, l'Ardèche, les Hautes-Alpes jusqu'en Provence et le Languedoc qui a donné son nom à ce parler. Lou vertadièr amor Le véritable amour Poème Occitan traduit par Joseph Guignier - Mémoires - Avec le soutien de la Ville de Fontaine, du Conseil Général de l'Isère, de l'Etat (D.D.E), du Feder-Pic-Urban, de la Metro, du Fasild, de la région Rhône-Alpes. 50, avenue Aristide Briand - 38600 Fontaine et 17, rue Jean Bocq - 38600 Fontaine Tél. : 04 76 53 22 16 E-mail : memoire.present@club-internet.fr Horaires d'ouverture : Mardi : 14 H 30 - 17 H 30 Ont contribué à ce numéro: Ont contribué à ce numéro : Denis Guignier, Suzon Jadeau, Epifanio Carvello, Christiane Soulat, Gilles Cochet, Robert de Marchi, Hanane Bilouk, Albert Potton, Timothée Jobert, Joseph Guignier de Pierre-Châtel, Ambroise Di Dio et Athanase Varonakis.
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![]() Cette pauvre Louise Ma grand-mère ne ratait jamais une occasion pour glisser un " cette pôvre Louise " dans la conversation quand elle parlait de sa bru avec une voix chevrotante d'un ton tout miel, tout fiel. Avec mes cousines, nous ne nous y trompions pas, on n'avait pas l'âge pour les paroles, mais la musique on connaissait. On savait qu'elle allait raconter une histoire plutôt vacharde. Là, c'était sur notre tante que nous aimions, nous étions intriguées par ce pauvre. La tante Louise n'était pas pauvre, elle était comme nous, mais plutôt un peu riche. Quand elle nous invitait à un repas : y en avaient des plats, y en avaient des desserts et on ne repartait jamais les mains vides, et des pots de confiture et des fruits en conserve, et des tommes de chèvre pliées par 6 dans un journal, pas pauvre et pas radine. Alors ce pauvre, y avait un truc. Les cousines et moi, ferventes du club des cinq, nous avons aussitôt mené l'enquête dans l'île aux enfants sans résultat, alors… Je suis allée voir ma mère. Bien m'en a pris, ma mère montrant que malgré mon petit huit ans, elle ne me prenait pas pour un nouveau-né. Ainsi, j'appris donc que la Louise, elle aurait fauté, fauté avec un Allemand qui était tenu prisonnier dans la ferme de l'oncle Jean, le mari de la Louise, que l'Allemand c'était un rudement bel homme, un homme aux mains fines et blanches, qu'avant la guerre, il était dans la musique, qu'il apprenait le français tellement vite, que ce n'était pas croyable, qu'elle, ma mère, elle avait drôlement fait des efforts pour dire bonjour, bonsoir en allemand à leur prisonnier pour être polie quand même. Oui, nous avons eu aussi un prisonnier Allemand, lui, il ne parlait pas trop le français, mais qu'on se comprenait bien et qu'il les faisait bien rire, mais que pour en revenir à cette histoire, bon cet Allemand-là, celui du Jean, il chantait de drôles de belles chansons de son pays, et qu'un jour le Jean il les a trouvés la Louise et lui, alors qu'il revenait de faire du bois pour affûter sa hache, alors le Jean il a posé sa hache. Il a ramené l'Allemand aux autorités, pas pour dire qu'il ne travaillait pas, ça non. Que c'était comme ça, bon, que ça ne pouvait pas faire, qu'il faudra le mettre ailleurs. Après, il est revenu chez lui et il a repris sa vie comme si de rien. Que cette histoire, elle est revenue on ne sait comment aux oreilles de ma grand-mère, qu'elle a fait un foin de tous les diables à son Jean pour qu'il chasse la Louise, qu'elle n'aimait pas les Boches, oui, elle ne sait pas dire autrement. Que pourtant pendant la guerre, elle en avait fait des sous avec son beurre, qu'elle n'était pas bien blanche avec son marché … qu'elle n'était pas bien gentille avec ses brus, que quoiqu'elles fassent, ce serait toujours pour elle des pièces rapportées, que si c'était elle qui avait été à la place de son fils, la hache elle s'en serait servie, mais pas pour faire que du bois et que la Louise, elle l'aurait bien tondue, et que son Jean c'était pas un homme. Là, on a été interrompu, à la T.S.F., Tino chantait Marinella et Tino Rossi pour ma mère c'était sacré, puis mon père est rentré des champs et il a lancé un " sait pas ce que tu lui trouves à ce bellâtre, ce gominé ", tout en fermant vivement le poste.
Tino Rossi - " ...sait pas ce que tu lui trouves à ce bellâtre, ce gominé " J'étais toute chose avec tout ce que j'apprenais dans le livre de ma mère. C'était un peu compliqué. J'ai noté sur mon carnet/agenda à la page novembre 1953. Un Allemand et un Boche, ce n'est pas pareil. Les papas aiment chanter mais n'aiment pas les chanteurs. Propos recueillis auprès de sa mère Henriette Soulat par Christiane Soulat Nés dans le même village, Saint-Clair-de-la-Tour, ils se connaissaient depuis l'enfance. Jeanne avait 16 ans, Claude en avait 20 quand en 1919, ils eurent la conviction réciproque qu'ils ne pourraient pas passer leur vie l'un sans l'autre. Claude après avoir fait son apprentissage dans la coiffure fut mobilisé dans l'usine Hotchkiss qui fabriquait du matériel d'armement comme l'avait été son père décédé en 1916. Claude devient soutien de famille à la mort de son père ne rejoint donc pas le front. Jeanne avait traversé la guerre en abandonnant l'école afin de remplacer son père mobilisé. A 12 ans c'est une tâche d'homme qu'elle assume, il faut livrer la marchandise dans les petits cafés de campagne ; charger, décharger les caisses de boisson, parcourir des kilomètres avec son cheval et la charrette par tous les temps.
Elle gardera toute sa vie les souvenirs douloureux de ces quatre années de guerre : un travail trop pénible pour une très jeune fille, l'absence de son père, de tous les hommes valides et trop souvent le retour de blessés, mutilés, amputés, gazés et des nombreux morts : oncle, cousins, amis.
Là, c'était une zone de conflits, il y a eu de nombreux soldats morts au cours d'accrochages et d'action de guérilla de la part d'opposants Polonais ou Allemands. Un agenda de 1921 tenant lieu de Journal intime à Claude en témoigne : il y notait aussi bien le temps qu'il fait, que le menu du jour et que les incidents et les aléas de la vie militaire.
Le courrier fut le soutien et le ciment d'un si grand amour, Claude et Jeanne se sont en effet écrit chaque jour pendant quatre années, lettres, cartes postales, poésies, photos envoyés par centaines ont été conservées intactes pour Claude. Les lettres de Jeanne se sont perdues pendant le sejour de Claude à l'armée. Pour leur enfants et petits-enfants c'est un trésor. Oui, un amour comme celui-là existe, leurs aînés en sont la preuve eux qui se sont aimés jusqu'à la fin. Récit de Suzon Jadeau Quatre années de séparation pour quelques jours passés ensemble ont marqué la correspondance de Claude et Jeanne… Le 12.10.20 " Mon amour… Depuis ton départ, j'ai senti la place que tu tenais dans ma vie, sans toi rien n'est beau, rien n'est gai… ce qu'il me faut c'est ta chère présence, c'est ton amour, quand tu m'as demandé d'être ta femme tu as répondu à mon plus chère désir. Oui je serai ta compagne pour la vie. Je te serai fidèle je resterai digne de cette chère promesse."
Le 24.10.20 " …hier au soir j'avais la permission de minuit mais j'étais fatigué, je ne suis pas sorti, je me suis couché à 9 h et j'ai passé une trop bonne nuit pleines de doux rêves car au matin en me réveillant je me suis aperçu que j'étais dans la prison qu'est la caserne et que mes voisins étaient des malheureux soldats comme moi… " Le 22.11.20 " Ma Jeannette chérie …dire qu'il y a un mois j'étais aux côtés de mon adorée, que d'amour, que de bons moments je perds ici. Quand je pourrais passer de si belles journées dans ce cher Saint-Clair, avec une petite amie qui m'aime et à laquelle je rends bien son amour par ces chemins si souvent parcourus tendrement accompagné de ma Jeannette ? Ou sont-ils ces dimanches tranquilles que l'on passait dans les prés, sous le tilleul ?... A toi pour la vie, je t'aime follement. " Le 20.1.21 " A ma Jeannette adorée Jamais je n'avais aimé et ne croyais pas pouvoir aimer un jour et je riais même de ceux qui pleuraient au lendemain d'une séparation mais maintenant je suis tout autre depuis que je te connais, l'amour de ma Jeannette m'a complètement changé et je n'aspire qu'au bonheur au côté d'un cœur aimant qui attend mon retour (…) Reçois de ton petit chasseur qui t'aime à la folie ses plus tendres baisers et caresses, je t'aime pour la vie ". Extrait du carnet de route du chasseur Claude Tondu en 1921. Le 24.4.21 " Voilà 5 jours que je suis sans nouvelles de toi et tu peux me croire comme le temps me paraît interminable. Aujourd'hui j'ai attendu avec impatience l'arrivée du courrier mais toujours rien de toi, tu n'es pourtant pas restée, j'en suis certain 5 jours sans m'écrire, il y aura sûrement une de tes lettres qui se sera égarée. Qu'ils sont mal faits les services postaux dans ces pays. Ce soir la pluie est revenue et ça tombe dru. Quel sale pays tout de même pas moyen de faire un pas sans se mettre sale comme un goret ! Et pourquoi sommes-nous privés du beau soleil que vous avez là-bas ?..." Le 26.4.21 " … j'étais couché dans un trou pour soi-disant surveiller l'ennemi aussi j'ai eu le temps de penser aux belles journées que nous avons vécues l'été dernier soit en nous promenant avec la voiture à cheval soit à bicyclette, soit en restant tranquillement dans le pré, soit en t'aidant à la fabrication de la limonade, tout cela me manque ainsi que ta chère famille. Le 15.5.21 " Il fait un temps superbe aujourd'hui et voilà un dimanche de Pentecôte de perdu pour nous qui aurions pourtant été si bien ensemble, en compagnie de Marie et de Joseph, d'aller nous promener dans les petits chemins pleins de fraîcheur et embaumés par les acacias et les aubépines. Respirer ce bon air avec toi aurait été une immense joie…Je m'évade pour aller rêver à ces autres dimanches si beaux et si courts que je passais avec toi et tes sœurs dans mon cher Saint-Clair où tout et tous me rappellent les années écoulées..." Le 22.5.21 " Que de beaux jours nous réserve l'avenir qui a failli de bien peu nous échapper car ce matin en brossant ma vareuse, je me suis aperçu qu'une balle en avait traversé le pan et effleuré mon pantalon, il m'a semblé que j'avais été touché quelque part et je t'assure que celui qui avait tiré a bien fait de ne pas se montrer. " Le 22.6.21 " J'ai la joie de joindre à ma lettre quelques fleurs cueillies dans le parc, il y en a une surtout qui te rappellera de biens doux moments passés dans la douceur des soirées sous le tilleul qui abritait fraternellement notre grand amour, tes tendres étreintes me manquent dans ce pays où tout m'est indifférent.
Le 6.8.21 " Ma petite Jeannette adorée Il fait bon ce soir et cela me fait regretter l'absence de l'être aimé les douces étreintes et les baisers ardents. Le 25.1.22 " …Ce froid terrible sévit toujours, c'est un véritable tour de force d'arriver à marcher sans tomber dans les rues, dans la cour, dans les escaliers et même dans les chambres car depuis l'incendie ma chambre a été noyée et comme on ne peut plus faire du feu, l'eau s'est changée en glace et il n'y fait pas chaud. Il y a bien assez longtemps que je traîne mon infortune dans ces tristes plaines de Silésie. J'ai bien le droit de regoûter aux joies de la vie civile et au bonheur d'être aimé comme tu sais le faire…" Le 21.4.22 " Ma petite Jeannette tant aimée J'ai trouvé la petite fleur très flétrie mais elle a été témoin de tant de paroles et de baisers qu'elle me parait plus jolie encore et c'est ton cœur aimant qui m'adresse après d'avoir couverte de baisers à ton Claudius qui t'a fait souffrir bien malgré lui. Mais nous sommes jeunes ma bien aimée, cette séparation qui dure depuis plus de 19 mois ne saura qu'agrandir notre amour et lui donner une apothéose plus belle encore… Le 27.4.22 "…des mois et des mois ont passé et maintenant je songe à l'avenir. Je veux que tu sois heureuse avec moi et au bonheur l'amour ne suffit pas et j'ai peur que mon métier ne me permette pas de faire assez d'économie pour me marier à la fin de l'année… " Le 26.12.22 " Ma mère a été étonnée de te trouver tout autre que l'idée qu'elle s'était faite de toi, elle se figurait que j'allais lui présenter une petite paysanne et d'après ce qu'elle m'avait dit à l'avance, j'appréhendais un peu, mais elle a été bien attrapée et est heureuse d'avoir fait connaissance avec sa future belle-fille. " Le 28.5.23 " Cette nuit encore je n'ai pas pu dormir hanté par la vision de tes grands yeux que j'adore et tes lèvres et ton front et tout ce qui est à toi. Je te couvre de baisers. Je t'aime, je t'aime ! Le 30.5.23 " Il me semble que je suis prisonnier dans ma chambre. Il me manque l'amour de ma Jeannette et je n'ai pas comme toi dans ta petite chambre le souvenir des baisers que nous y aurions échangé pour la rendre plus gaie… Mai 1923 " …il faut que cette vie finisse pour tous les deux, si pénible pour tous les deux, si triste et si solitaire pour toi …depuis que cet amour suprême nous unit nous avons notre idéal, notre rêve qui est d'être réunis pour la vie. Nous n'avons rien à attendre, il faut le réaliser. C'est toi qui auras naturellement, puisque tu es l'homme, le souci de chercher, de voir ce qu'il faut pour cela. Naturellement pour tous les deux, surtout pour moi il serait préférable de rester dans notre cher pays près de ma famille. Mais que cela ne t'arrête pas, du reste nous ne pouvons pas attendre indéfiniment sans rien trouver, et je veux que tu saches qu'avec toi je serai toujours heureuse, que le pays importe peu. "
...et célèbrent enfin leur mariage en octobre 1923.
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