EDITO
Ce numéro 13 de Mémoires s’inscrit dans la continuité.
Au travers de ce journal, vous témoignez d’un vécu, riche, souvent méconnu.
Nous retrouvons une ville telle qu’elle n’existe plus, des lieux de travail disparus, et d’autres qui ont pris leur place.
L’évocation de la venue de Sacha Distel à Fontaine en 1967 par Denis Guignier nous imprègne d’une nostalgie toute musicale.
Le peuplement de cette cité nous est conté par l’aventure ô combien rocambolesque d’Epifanio Carvello, une traversée de l’Italie du sud au Nord, son arrivée à Fontaine, enfant, et sa découverte de la ville.
La place du Néron avant guerre, grouillante de vie voyait défiler une vie sociale riche et multiple. Elle est ici relatée dans toute sa diversité.
La vie simple et riche de Maurice Cialdella, ancien de chez Pomagalski racontée par sa belle fille rappellera des souvenirs à certains d’entre vous.
Vos témoignages sont les bienvenus, ils sont l’essence même de ce journal, n’hésitez pas, venez nous voir et consulter notre nouveau site internet en ligne depuis peu :
www.e-memoires.org
Vous y trouverez les derniers numéros de Mémoires ainsi que différentes rubriques. Vos commentaires sont vivement souhaités ainsi que votre participation active à la vie de ce site par vos écrits, photos et documents qui pourront être insérés dans les rubriques concernées.
Merci à tous par avance.

Le comité de Rédaction


De Sommatino à Fontaine
Maman se retourne sur elle-même, la main posée sur la poignée de la porte. Son regard embrasse une dernière fois la grande pièce vide. La petite fenêtre dont le volet est à demi tiré laisse passer un rayon de soleil dans lequel danse une nuée de grains de poussière. La pièce est sombre et fraîche et propre...

C’est demain le grand jour. Le grand départ. Un changement complet de vie. On va rejoindre papa qui nous a précédés, et s’installer, toute la famille, en France.
La France, que c’est loin ! ... Il paraît que là-bas il y a de grandes rivières. La plus petite de Là bas est plus grande que la plus grande de chez nous. Les arbres sont gigantesques, les maisons, énormes ! Y en a de quatre étages, même. C’est maman qui nous l’a dit.
Elle le sait bien elle, car elle a déjà habité longtemps en France ; même qu’il y en a qui l’appelle La Française!
Et les montagnes ? Incroyable... Tu les vois de partout tellement elles sont hautes... Sur les plus hautes, même que la neige reste en été, même!
Maman a déjà eu une première expérience en matière d’émigration. Elle est venue avec ses parents lors du premier flux autour de 1921. Elle est retournée au pays en 1931 pour cause de mariage : un de ses cousins germains, eh oui ! ... lui est réservé... On se marie comme des aristocrates dans cette petite île du sud !
Quinze années se sont écoulées. Le temps de faire quelques enfants, de subir une longue guerre... Une guerre qui vient de se terminer enfin. On manque cruellement de travail, on a faim !
Papa est parti en chercher du travail, lui, et pas à la porte d’à côté ! Après une tentative malheureuse dans les mines de charbon de Belgique, c’est dans une tannerie, en France, qu’il va se faire embaucher. L’installation sera plus facile car toute la famille de maman y est établie.
Fontaine, ça s’appelle. Une petite commune ouvrière voisine de Grenoble.
Tout est prêt pour le grand départ. On va devoir traverser toute l’Italie en train jusqu’à Turin.
Le problème est que les frontières sont fermées. Il va falloir entrer clandestinement en France ! Et comment ?

Cinq ans après. Angèle est toujours près de Maman et moi en garçon...
Les deux petits devant sont nés en France. Mon petit frère " Michou " ( qui a été adjoint à la Mairie de Fontaine ) et ma cousine Badette.

Des passeurs professionnels, des contrebandiers, plutôt, moyennant finances, guident les familles à travers les cols de haute montagne. Quelle aventure ! Enfin tout est réglé, on peut y aller ! ...
Un dernier regard sur le village silencieux, comme endormi, écrasé par le soleil d’août.
Le grand mur d’une longue bâtisse accorde une bande d’ombre à ses pieds. Quelques femmes sans âge, toutes de noir vêtues assises sur des chaises basses, tricotent silencieusement.
Sur la placette, contre la boutique du cordonnier, la fontaine débite un filet d’eau. Quelques abeilles virevoltent autour en quête de fraîcheur...
Allez en avant !
Maman a installé Angelina en bandoulière, à califourchon sur son ventre. J’empoigne une de ses mains. Je la serre très fort, faut pas que je me perde ! Carmelo, lui, va assurer et assumer son rôle de chef de famille qu’il s’est approprié. Son bras s’étire sous le poids de la valise; une énorme valise plus grosse que lui.
Barbara, l’aînée, notre seconde maman, (c’est vrai qu’elle la seconde!) s’occupe d’Ignazio. Il n’est pas très valide, lui ! Depuis quelques jours, il souffre d’une espèce de conjonctivite... Ses yeux sont pratiquement fermés ses cils sont collés par une humeur, une mauvaise humeur, dont tous les bains de camomille n’ont pu venir à bout... Le pauvre ! ... Et tout ce long voyage qui nous attend ! Qu’il va devoir faire... à tâtons presque...
Quelle troupe !
C’est un petit train qui nous emmène à Messine en hoquetant, en cahotant, en crachotant, en toussant, en sifflotant... Le paysage est désolé (pas autant que maman !) brûlé par le soleil ardent d’août... De la poussière à perte de vue, blanchissant toute la végétation.
Messine ! ... Tout le monde descend ! ... Premier branle-bas de combat ! ... Il faut charger troupe et bagages dans le ferry. Il y a foule. Une foule bigarrée, bruyante, animée. Où vont-ils donc tous ces gens ? En France?...
Y aura-t-il de la place pour tout le monde ? ... Pour pouvoir gagner du temps, maman me hisse à bout de bras, sur un mur. Elle me pousse de toutes ses forces, m’encourage à l’aider, peste devant mon manque évident d’ardeur. Je ne peux pas ! ... Je ne veux pas, et pour cause ! ...
Ce qu’elle ne sait pas, elle, ce qu’elle ne voit pas, c’est que derrière le mur, c’est la mer !
Inquiétée par mes cris et mes larmes de panique, elle va découvrir avec horreur que son fils est accroché au sommet d’un mur haut de deux mètres côté terre, et de quelques six à sept mètres, côté mer !
C’est dans un grand train que nous allons remonter toute l’Italie... Il a au moins cent wagons ! Nous occupons tout un compartiment, entassés, bercés par le bruit régulier des bielles, réveillés par de stridents sifflets !
C’est long, c’est bruyant. Il fait de moins en moins chaud. Il fait de plus en plus sommeil...
C’est encore loin ? Non, on est bientôt arrivés... Plus qu’un jour, plus qu’une nuit !
Et nous voilà rendus à Turin ! ... C’est une gigantesque gare ; des rails partent dans toutes les directions, se croisent, se recroisent, se côtoient, se séparent soudain !
Ce que nous savons pas, ce n’est pas prévu, c’est que nous allons être séparés... Sur le quai, maman a rencontré un couple d’amis Siciliens résidents à Grenoble. Le hasard - mais est-ce bien un hasard ? - fait qu’ils rentrent et qu’ils possèdent un laissez-passer pour un garçon et une fille. Aussi proposent-ils à maman d’emmener avec eux deux enfants. Quelle aubaine !
Ce sera moins difficile pour traverser la montagne, deux enfants en moins !
Le garçon ce sera Ignazio. Son état de santé le nécessite. Il n’a pratiquement pas ouvert les yeux durant le voyage. La fille ce ne peut pas être Angelina. La petite est encore au sein ! Sûrement pas Barbara ; je l’ai déjà dit c’est une deuxième maman ! ... Alors ce sera moi !
Une petite robe est passée sur mon pantalon court. Un foulard va camoufler mon crâne rasé... Une dernière recommandation pour le pipi (eh oui faut faire comme une fille) et le tour est joué...
C’est la mort dans l’âme que maman nous laisse partir... Elle nous confie, en même temps qu’aux Presti, à Dieu, à la Madone, à tous les Saints...
Et me voilà, fille pour quelques heures, accroché ou accrochée à la manche de ma pseudo maman, dans l’autorail qui va nous amener à destination...
Et voilà comment je suis rentré deux fois clandestinement en France !

Recit d'Epifanio Carvello


ADIEU AIR LIQUIDE !!!

Devant la traction-avant se trouvaient les maisons d’Air Liquide, dans la cour les usines : tout a été démoli en cette année 2004. Il ne reste plus aujourd’hui qu’une pharmacie à la place du café Durand et un immeuble contigue.

A droite, l’avenue Curie (aujourd’hui boulevard Joliot-Curie), le ruisseau la Saulne, le bassin de décantation, et en haut les tanneries Meissonnier. Les HLM de la rue Jean Pain et du quartier de la Bastille étaient encore loin d’être nés.


- Mémoires - Avec le soutien de la Ville de Fontaine, du Conseil Général de l'Isère, de l'Etat (D.D.E), du Feder-Pic-Urban, de la Metro, du Fasild, de la région Rhône-Alpes.

50, avenue Aristide Briand - 38600 Fontaine
Tél. : 04 76 53 22 16
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Horaires d'ouverture :
Lundi : 17 H - 19 H
Mardi : 14 H - 17 H
Vendredi : 9H - 12 H

Ont contribué à ce numéro:

Denis Guignier, Marilyne Païs, Suzon Jadeau, Philippe Giuliana, Epifanio Carvello, Maurice Saltano, Pierre Calvète, Jean Escalon, Christiane Soulat, Corinne Cialdella, Mme Badol, Jean-Paul Meunier, Gilles Cochet, Robert de Marchi, Henriette Perrin, Paulette Lopez, Ambroise Di Dio et Athanase Varonakis.

Avec le soutien du service DSU - vie de quartiers.
- Maquette du journal : Valérie Le Garroy.
- Imprimerie des Eaux-Claires.

Vues...d'en haut

Maurice Cialdella sur un télésiège


Une soirée avec Sacha Distel
Le basket-club fontainois et le club de gymnastique « la Fontainoise avaient cassé leurs tirelires pour faire venir le chanteur de charme le samedi 23 avril 1967 dans un immense chapiteau au stade Maurice Thorez.
C’est Marc Organ, président du basket-club qui avait rencontré par hasard au cinéma l’Eden à Grenoble un copain de lycée, Maurice Saltano, jeune organisateur de spectacle.
Il lui demande s’il peut lui arranger un concert à Fontaine avec une grande vedette.
C’est une époque où tout semblait plus simple, les artistes accessibles, et les tournées plus nombreuses allaient dans le moindre village. Or, Maurice Saltano est un grand ami de Sacha Distel et le contrat est vite signé.
Environ 80 bénévoles vont faire un travail pharaonique élevant un colossal chapiteau, (il n’y a pas de salle assez grande à Fontaine et même dans la région), mettant une grande piste de danse et plaçant une cinquantaine de haut-parleurs un peu partout.
C’est l’orchestre de Jack Maler qui assure la première partie ce soir-là faisant danser plusieurs cen-taines de couples.

Photo Jacques Plait. Paris

Aux environs de minuit, la souriante vedette entre en scène s’excusant d’entrée de ne pas avoir les cheveux longs et des chemises à fleurs, (allusion au régional de l’étape, le chanteur Grenoblois Antoine devenu rapidement célèbre avec ses élucubrations).
Dès ses premiers accords de guitare, la gent féminine tombe visiblement en pâmoison du beau Sacha.
Le lendemain, le charme est rompu, et l’énorme pyramide en toile démontée.
Ce qui aurait pu être un fiasco financier l’a été, les deux associations ont bu le bouillon comme cela était déjà le cas pour l’organisation d’un concert avec l’orchestre de Gilles Pellegrini, un des trompettistes de Johnny Hallyday.
La municipalité a épongé les dettes, mais ce que nos deux clubs sportifs ont perdu en argent, ils l’ont gagné en muscles.

Texte de Denis Guignier avec les précisions de Maurice Saltano, Pierre Calvète et Jean Escalon.


La place du Néron avant 1939
Connaissez-vous la place du Néron ?
C’est dans ce quartier que j’ai passé mon enfance en compagnie de ma cousine Paulette et de son frère Lucien dont les parents habitaient dans une maison mitoyenne à la nôtre.
Cette place était alors plus vaste qu’aujourd’hui, des immeubles ayant été construits dans le grand champ qui la prolongeait et qu’on appelait le « champ de Saunier » où nous allions garder les chèvres pendant la guerre et assister aux séances de cirque ou de cinéma ambulants les soirs d’été.

Elle était vivante, colorée, pleine de bruits et de mouvement. Trois rues y aboutissaient : la rue des Iles (Doyen Gosse), la rue de Saveuil (Henri Barbusse), l’avenue Curie où nous habitions avec mes parents et grands parents, et la rue de la mégisserie appelée maintenant rue Jean Pain.
On accédait à la tannerie bâtie en bordure de la Saulne par un petit pont enjambant ce gros ruisseau qui se colorait au gré des teintures appliquées sur les peaux et qui dégageait une odeur nauséabonde.
Une grande cheminée dominait la bâtisse et tous les jours l’appel de la sirène rythmait la rentrée et la sortie des ouvriers. C’était un véritable cortège qui empruntait notre petite avenue, à pied ou à vélo chacun se rendait à son travail.
Beaucoup de femmes, italiennes, espagnoles et grecques manipulaient les peaux à longueur de journée, tâche pénible et fastidieuse.
Lors de la construction de cette mégisserie les propriétaires (Guillaumet et Meyssonier) originaires d’Annonay avaient prévu une pouponnière où les mamans pouvaient déposer leur enfant en bas âge et avaient fait bâtir en bordure de la Saulne, « quai de la lainière » en face de l’usine de petites maisons entourées d’un jardinet pour loger le personnel.Mais si mes parents continuaient à appeler « la pouponnière » la grande maison au bout de l’avenue elle n’avait plus cette fonction, elle était louée à des familles grecques pour la plupart.
Une autre peausserie appelée Montagnon était spécialisée dans le travail des peaux de reptiles comme l’indiquait la grande enseigne au fronton du bâtiment au début de la rue de la Mégisserie.

En haut à notre gauche, on aperçoit l’école des Marronniers devenu plus tard Jules Ferry. Au premier plan,une fabrique d'eau de Javel et le début de la rue Jean Pain, un peu plus haut la place du Néron, la grande baraque en bois est celle des ouvriers du chantier des trois immeubles de l’abbé Pierre.

Il y avait encore d’autres usines, celle de monsieur Saunier qui fabriquait du savon et des engrais et qui empuantait le quartier lors de la fonte de la graisse.
L’Air Liquide qui livrait de bouteilles d’oxygène à l’hôpital et une fabrique d’eau de javel près de la digue du Drac.
Mais à côté de cette activité industrielle se perpétuait aussi une vie agricole. En face de chez nous madame Buisson s’adonnait à la culture maraîchère et vendangeait encore chaque année quelques rangées de vigne. Son petit-fils ingénieur agronome a créé depuis à cet endroit une exploitation horticole «les trois sapins». Sa plantation de chrysanthèmes au moment de la Toussaint fait l’admiration de tous.
Une haie de sureau entourait cette propriété. Avec Paulette nous y allions ramasser des escargots dans une vieille boite à conserver après la pluie, et maman y cueillait des feuilles de ronce qui poussait dans la haie pour me préparer des gargarismes car j’avais souvent des angines.

Réunion de chantier des HLM place du Néron - 1954.
L'architecte Maurice Blanc, le Prefet de l'Isère, l'Eveque de Grenoble et le président du Secours Catholique entourés des futurs habitants - Photo de Mme Badol.

Tout à côté de chez nous, madame Tournier, et derrière elle madame Chapays allaient aussi au marché à Grenoble avec leur petite charrette.
Les ouvriers s’accordaient de temps en temps une petite pause à la sortie de l’usine, chez « la Rose Barruel » café qui fut ensuite repris par ses neveu et nièce la famille Franco. Là, les samedi soir et le dimanche se déroulaient des parties de boules, et à l’intérieur les joueurs de cartes s’excitaient en disputant à l’Italienne une partie d’Amora. J’entends encore les exclamations des joueurs qui frappaient sur les tables et celles des boulistes qui accompagnaient la réussite d’un carreau ou d’un tir raté.
On pourrait ensuite s’arrêter chez la « Quiqui » à l’angle de la rue de Saveuil ou sur le café de la place transformé en pizzeria aujourd’hui.
Deux épiceries proposaient leurs marchandises, celle de monsieur Apkarian, Arménien qui en plus des produits courants présentait quelques spécialités de son pays et celle de monsieur Pellegrini reprise par monsieur Callicaro où s’est installé maintenant le bar-tabac PMU.
A côté du café de la place, monsieur Sfyridis coiffait les hommes et les enfants. C’est chez lui que nos mamans nous envoyait pour nous faire couper les cheveux. Nous le connaissions bien car sa fille Juliette ainsi que ses frères fréquentaient l’école des Marronniers qui deviendra Jules Ferry. J’appréhendais quand avec son grand rasoir il nous rafraîchissait le cou et je me souviens qu’un jour Paulette ayant sans doute bougé, il lui avait entaillé l’oreille, il l’avait aussitôt soignée en collant un papier à cigarette autour du lobe !
Il y avait aussi le boucher monsieur Gonon dont la fille Suzanne allait en classe avec nous. Nous l’entourions tout particulièrement au moment de Pâques, car elle donnait à ses copines des osselets tirés des genoux des chevreaux sacrifiés à ce moment-là.

Le passage du corso en 1965 Place du Néron.
C’est le fondateur d’Emmaüs qui est à l’origine de la construction des trois bâtiments à la place du champ de Saunier en 1955. Pendant des années, on a appelé ces bâtiments : « les immeubles de l’abbé Pierre.»
Renseignements précieux de madame Badol et monsieur Jean-Paul Meunier.

La vie n’était pas toujours facile. Je me souviens des événements de 1936. Les ouvriers de la mégisserie faisant la grève sur le tas et défilant drapeau rouge en tête en chantant l’Internationale. J’étais effrayée par cette clameur que je m’expliquais un peu, papa ouvrier tourneur étant en grève lui aussi.
Quel bonheur quand l’Echo des Balmes ou le Réveil Fontainois venaient donner un concert sur la place. On installait des chaises, accrochait des lampions et nous les enfants nous amusions du va- et- vient du trombone à coulisses et de l’importance de la grosse caisse.
Je me souviens aussi des séances de cinéma au café Durand où les projections avaient lieu le samedi et le dimanche soir. Film en noir et blanc bien sûr souvent en deux épisodes qui nous forçait à revenir la semaine suivante pour connaître la fin.
Les Misérables m’avaient beaucoup impressionnée et j’étais revenue en larmes.
Les soirs d’été pendant les vacances scolaires, nous ne partions peu, notre plaisir était de nous asseoir devant le portail pour prendre le frais. D’autres familles faisaient un petit tour avant d’aller au lit. On se connaissait tous et les grands échangeaient quelques nouvelles pendant que nous les enfants nous jouions aux noms de métier ou aux devinettes.
Avec l’arrivée de la guerre tout a changé et la belle insouciance de notre enfance a fait place à l’inquiétude et notre vie tout entière a été transformée.

Récit d'Henriette Perrin née Basset, avec la participation de Paulette Lopez née Gaudias


Un de chez Poma

Album de famille
Vous parler de mon beau-père est très émouvant pour moi. C’est toute une vie simple et riche que je vais vous raconter…
Maurice Cialdella est entré à 14 ans en 1941 aux établissements de constructions mécaniques Mermet, Tourtel et Deschaux rue de la Liberté à Fontaine.
Il rencontre sa future femme Gisèle en 1947 à Pont à Mousson en Meurthe et Moselle, au moment d’inondations où il venait avec son régiment pour aider les sinistrés.
Coup de foudre pour sa femme et la Lorraine.
Les fiançailles et le mariage se font en 1948. Ils habitent au mail Marcel Cachin.
Quatre garçons naissent : Louis, Jean-Edmond, Bernard et Robert mon mari.
En 1955, Maurice rentre chez Pomagalski qui est à la pointe de la technologie en matiere de remontée mécanique et connu dans le monde entier.
Le travail n’était pas sans inconvénients, car il impliquait une vie rude avec de longs déplacements. Maurice partait parfois pour plusieurs mois sans revenir. L’hiver, le froid, il nous racontait que lorsqu’il montait sur les télésièges, la peau de ses mains restait collée aux tubes qu’ils installaient avec ses collègues dont notamment Jean Picaretta. C’est monsieur Betchaine qui ramenait à sa femme ses bleus à laver ainsi que la paye.

Fontaine en 1968. Les travailleurs Pomagalski occupent leur usine.
Reconnaissez-vous ceux qui ne sont pas nommés ?
Louis Cialdella (fils de Maurise) - Christophe Larriza - Pierrot Di Nola - Marcel Bandiera - Gaspard - Joseph Perricone - Bonfanti - Ferrando - Maurice Cialdella - Louis Lazzari - Merloz - Salvatore Fazio - Ignace Perricone - André Blaive - Alphonse Oseli - Max Broze... C'était une fierté de -travailler chez Poma.
- Photo en grand-

Ses absences étaient longues et duraient souvent de septembre à avril. Le premier Noël qu'il passa en famille, l'aîné Louis, avait 21 ans il se rappelle lui avoir dit en pleurant : « Papa, c’est mon premier noël avec toi ».
Il était aussi là pour préserver ses droits et mai 1968 fut pour lui une occasion de défendre les ouvriers avec toute l’usine en grève.

Il était expert en préparation d'hameçon et tentait de faire partager sa passion de la pêche à ses petits-enfants.

Il prit sa retraite en 1987, décoré de la médaille du travail.
Il aimait les balades en forêt et ne revenait jamais les mains vides : champignons, noisettes, mirabelles, fleurs, escargots…et la pêche dont il était un as et nous procurait de grands moments de bonheur…

Corinne Cialdella