EDITO
L’école est l’antichambre de la vie. On y apprend à lire, à écrire mais également à vivre avec les autres, les aimer, les détester, dans tous les cas, les respecter.
Chaque individu s’y construit. Mémoires consacre son numéro 12 aux différents aspects de l’enfance à l’école. Vous êtes nombreux à nous avoir confié les images d’une classe de votre enfance. Plusieurs photos jalonnent le journal. Nous ne pouvons toutes les présenter, nous nous en excusons. Elles témoignent de votre attachement à cette période de votre vie et aux souvenirs qui la composent. Dans ce numéro spécial, la mémoire de l’adulte reconstitue la vie dans une école de campagne. La transcription mot pour mot par un élève de 14 ans de son passage du Certificat d’études dans les années 50 et du succès qui s’en suivit. Nul doute que ce certificat d’études 1955 fait partie de l’histoire des écoles de Fontaine, écoles ayant vu passer des générations de futurs travailleurs. Cette histoire nous est contée de manière exhaustive, nul détail ne manque. Que serait l’enfance sans la poésie ? L’enfant est un poète par nature, la petite histoire sur « le poussin et le vitrier » nous le rappelle.
Pour terminer, un grand enfant : SIM. Voici une galéjade du comique qui nous a tous fait rire un jour, mais pas ce jour là.
Comme vous le savez tous, une association n’existe que pour ses adhérents. Les nombreux documents que nous recevons montrent l’intérêt que vous portez à Mémoires, adhérer à l’association vous permettra de concrétiser cet intérêt et de participer activement à la vie de Mémoires.

Le Comité de Rédaction


Une arrivée manquée
Savez-vous que le comédien Sim est le parrain des majorettes de Fontaine?

En 1966 ou 1967, ses filleules bâtons en main, attendaient fébrilement son arrivée par le pont du Drac en compagnie du Réveil Fontainois, de l’Echo des Balmes et un tas de gamins prêts à exulter dès l’apparition du nouveau messie.
Au bout d’une heure d’attente, toujours pas de Sim, déception, inquiétude.
Quelqu’un nous informe que cet animal était arrivé par l’autre pont, celui du Vercors ratant ainsi une réception digne d’un président de la République.
Février 1981, les jeux des 20 heures de FR3 ont lieu à Fontaine, l’une des vedettes participantes est notre Sim qui rappela à tous les téléspectateurs être le parrain de nos chères majorettes.

Sacré Sim! Sans rancune.

Denis Guignier


- Le Certif -
Je suis un ancien de l'école du "Pont". Je l'ai fréquentée d'octobre 1946 à juillet 1955... C'est là où j'ai appris à lire et écrire, en même temps que parler la langue française. Ma famille est arrivée en France en août 46...C'est à l'école communale de l'après-guerre, avec une cour pour les filles, une pour les garçons. Obligatoire jusqu'à quatorze ans. Son enseignement est senctionné par le CFPE, le " certif ", le certicifat de fin d'études primaires, passeport indispensable, pour entrer dans le monde du travail...
J'ai retrouvé mon cahier de rédactions de cette époque, dans lequel je raconte la journée de cet examen. Je vous le délivre, donc, tel que je l'ai écrit, en juin 55...

Ce jour-là : le certificat d'études primaires.
Nous voici arrivés dans une petite cour encadrée par de hauts murs et barrée au fond par un bâtiment gris. Là, près de l’entrée principale, se tient un groupe de correcteurs. Sept heures vingt ; on va faire l’appel…Tous les cœurs battent. Les filles sont déjà entrées. Va ! Déjà notre tour !
Nous entrons dans une salle, vaste, haute, ornée de fleurs, tapissée de(fleurs)gravures. Quatre tableaux noirs, une table sur une longue estrade… Les pupitres sont en matière plastique colorée, sur lesquels on voit une étiquette : Le nom, le numéro du candidat.
On va commencer ! Commande la surveillante.
Sur le tableau noir, elle inscrit deux sujets au choix.

La Photo de l'année du " certif " 1955, classe de Monsieur Mariac.

Chic ! s’exclame un groupe.
Des chuchotements suivent.
Allons, allons ! On ne se croirait pas à un examen!
Dès qu’elle a fini, les crayons se portent à la bouche, les mains aux cheveux, à la tête.
Ah ! Ces maudites idées ! Elles ne viennent pas vite !…
Le temps s’écoule. Certains rêveurs se laissent bercer par le gazouillis des oiseaux, par le clapotis du Furon.
Allez, plus que dix minutes !
Déjà, je m’empresse d’écrire les derniers mots de ma rédaction et j’apporte ma feuille sur la table.
Je retourne à ma place et je regarde travailler les copains.
Bon, c’est fini ! dit la surveillante.
Elle ramasse les copies restantes. A ce moment, une femme apparaît sur le seuil de la grande porte. C’est une autre examinatrice.
Une grosse paire de lunettes, bien ajustées sur un nez épaté, un gros chignon enrubanné, une énorme poitrine, une veste jaune couvrant un corsage blanc, une jupe noire : voilà comme nous est apparue cette gigantesque personne.
Dès qu’elle a franchi le seuil de la porte, elle dit avec une grosse voix :
Vous y êtes tous ? Les absents, levez-vous !
Des rires fusent, certains éclatent même.
Passons Aux choses sérieuses maintenant reprend-elle aussitôt. Préparez votre feuille et faisons l’épreuve d’orthographe.
Elle nous lit une dizaine de lignes, lentement, en articulant bien.
Enfin, la dictée et les questions finies, nous sortons en récréation, où nous devons nous détendre un peu…
Aussitôt sorti, je suis pris d’assaut par mes camarades de classe, ceux de l’école des Balmes et même les filles.
Comment que t’as écrit ce mot ?
Il faut deux « n » à ce mot ? Un « l » à celui-ci.
Je tache de répondre de mon mieux, et, dès qu’un moment de liberté se présente, je m’échappe et je cours admirer les truites qui glissent dans le Furon. Prés de quelques roches submergées nagent des poissons inlassablement, majestueusement. Un camarade vient me trouver et me dit :
Regarde ce « Pesse » ! Il va se noyer.
Mon rêve est interrompu. On doit rentrer pour les épreuves restantes.

Dans la même ambiance, nous attaquons le calcul, l’histoire, la géographie.
Epreuve de Sciences : L’œil et la vue.
M’dame, on l’a pas appris, ce n’est pas au programme.
Débrouillez-vous ! Nous dit la dame.
Alors, qu’est-ce qu’on « fout » ! Crie un élève du Centre.
C’est une explosion de rires. La surveillante est débordée.
-Toi, Crottier, cours chercher monsieur l’Inspecteur !
Louis sort, revenant peu après, avec l’inspecteur et un examinateur.
Qu’y a-t-il ? Interroge monsieur l’inspecteur.
Monsieur Mariac ne nous a pas fait de leçon sur l’œil ! Réponds-je.
Ça m’étonne que Monsieur Mariac n’ait pas traité tout le programme. La semaine dernière, on a donné l’oreille dans un examen !
Sur ce, il sort.
Les sciences terminées, on passe au Dessin.
« Décoration d’une fable de La Fontaine »
Ce sera vite fait.
En effet, au bout de vingt minutes, j’apporte mon dessin et on part.
Rendez-vous ce tantôt à quatre heures.
Mes frères, mes parents, tous attendent ma venue et dès que je débouche au coin de la rue, c’est une foule de questions. Même Michou me demande :
On t’en a fait écrire des  « te » et des « le » ?
C’est dur, hein ?
Moi, j’ai faim, je vais me restaurer !
Je monte et m’attable. Après-dîner, je vais me reposer.
L’heure du rendez-vous est arrivée. Nous partons en trolley en direction de Sassenage. Nous allons lire et chanter dans cette même salle. Nous serons vite libérés.

Nous partons visiter les caves. Là, un peintre a été charmé par le Furon. Ici, près d’un pont, des filles gambadent comme des cabris. Nous nous joignons à elles et finissons bien une journée très remplie.
Venez vite ! Les résultats !
Nous cessons nos jeux et nous nous précipitons. En effet, nous sommes appelés dans une cour où le jury dicte les candidats admis.
Les filles d’abord !
Impatiemment, nous entendons les noms suivis de soupirs ; enfin, les garçons du Pont-du-Drac !
- Alvarez, Amblard, Boy, Carvello, Dibilio, Litavicki,…
Notre Fermet a pâli : il devait être après Dibilio…
Mais, tout à coup, après le nom de Véré, on annonce :
- Fermet.
On lui saute au coup, au milieu d’une rumeur qui interrompt la dictée des noms.
A la fin de l’appel, le maître vint me chercher en me disant :
T’es premier du canton !
Pas possible ! Pourtant un homme me remet deux mille francs.
La joie m’inonde.
Mais, pendant que je suis enthousiaste, d’autres ne le sont pas! Voyez cette fille qui pleure comme une fontaine, celle qui, abattue sur un banc, la tête entre les mains, ne pleure pas, mais a la gorge serrée.

Enfin, nous partons et nous voici arrivés à Fontaine. Une fois à la maison, je donne les deux mille francs à maman qui pleure de joie. Sans même manger je sors et (cours) vole annoncer à mes oncles, tantes et amis, la bonne nouvelle.

Texte de Epifanio Carvello


Vieux buvards. Réclame que les petits commerçants offraient lors des achats. Collection de Marie-Florentine Candian.


- Mémoires - Avec le soutien de la Ville de Fontaine, du Conseil Général de l'Isère, de l'Etat (D.D.E), du Feder-Pic-Urban, de la Metro, du Fasild, de la région Rhône-Alpes.

50, avenue Aristide Briand - 38600 Fontaine
Tél. : 04 76 53 22 16
E-mail : memoire.present@club-internet.fr
www.memoireaupresent.com

Horaires d'ouverture :
Lundi : 17 H - 19 H
Mardi : 14 H - 17 H
Vendredi : 9H - 12 H

Ont contribué à ce numéro:

Denis Guignier, Marilyne Païs, Suzon Jadeau, Philippe Giuliana, Serge Lambert, Epifanio Carvello, Marcel Villard et toute une classe de l'Ecole Robespierre, Christiane Soulat, Gilles Cochet, Robert de Marchi, Ambroise Di Dio et Athanase Varonakis, avec le soutien du service DSU - vie de quartiers.
- Maquette du journal : Valérie Le Garroy.
- Imprimerie des Eaux-Claires.

Encre et Buvards


Un enfant à la campagne
Je suis né à la campagne. Comme beaucoup de Français, je l’ai quittée pour chercher du travail. J’en suis parti réellement plus tôt, à mon entrée au lycée. L’internat était le passage obligé. A quinze ans, je quittais la maison familiale pour le chef-lieu de département, en l’occurrence Saint-Brieuc. Je peux dire aujourd’hui que mon enfance s’est arrêtée cette année-là, mon innocence campagnarde ne résista pas à la vie citadine.

Heureux qui comme Gilles… a porté un beau gilet

Quinze années s’étaient écoulées depuis ma naissance dans ce village de la campagne bretonne, village tranquille vivant au rythme des saisons et de ses travaux agricoles. Je ne suis pas né dans une ferme mais dans une école, l’école communale dans laquelle mon père enseignait et dont il était le directeur. A ce titre, il avait le logement de fonction au sein de l’établissement. Mes parents ont quitté cette maison l’été de mes 17 ans.
Ma mère travaillait dans le même bâtiment, à la mairie. Tout était regroupé, ce qui raccourcissait singulièrement les déplacements pour aller au travail. Mon père d’un côté, ma mère de l’autre se rejoignaient le midi non pour manger à la maison mais à la cantine.

Quant à moi, jusqu’à la fin de ma primaire, je mangeais aussi à la cantine. Il faut dire qu’à cette période, ma mère s’occupait « aussi » de la cantine accompagnée d’Alfonsin, la cantinière. Nourriture faite sur place, pas de plats préparés, rien que du consistant : pommes de terre, pâtes, riz avec de la viande sauf le vendredi, jour du poisson, allez savoir pourquoi dans une école de la République. L’école comprenait cinq classes, du cours préparatoire au cours moyen. Pas de maternelle à cette époque. Il y avait également une classe de certificat d’études, pour ceux qui arrêtaient à 14 ans. La majorité des élèves était filles et fils d’agriculteur, beaucoup devaient reprendre la ferme familiale. Moi, j’étais le fils de l’instituteur. L’école, c’était ma maison. Quand vous êtes gamin, habiter dans une école vous confère un statut à part aux yeux des petits copains, pas toujours simple à gérer. Quand on est enfant, l’école n’est en rien un amusement, c’est plutôt une corvée. Ils venaient à l’école parce qu’ils y étaient obligés, inutile de vous dire que le reste du temps, ils n’y mettaient pas les pieds, même pour me voir.

Un bourg tranquille, parking gratuit.

Je ne me souviens pas avoir beaucoup jouer dans la cour de recréation avec des amis. Quand j’y jouais, j’étais seul. C’est cela qui était magique : une cour de recréation pour moi tout seul. Une école vide de ses élèves a toujours un air de vacances d’été.
J’étais en vacances trois jours par semaine. Je me sentais différent, privilégié. Je l’étais.
Là où plusieurs dizaines d’enfants s’ébattaient pendant les récréations, cet espace me revenait, de droit. Un espace clos, sans dérangement, protégé par des murs qui me paraissaient très hauts à l’époque – en fait, pas plus d’un mètre cinquante - et une grille dans le fond de la cour.
Les bâtiments recelaient des coins secrets que moi seul connaissait : des greniers multiples aux trésors cachés, le matériel de l’école, les jeux pour la Fête de fin d’année, les vieilles cartes du monde, de vieux bouquins, de vieilles photos de classe datant de l’après-guerre.

Les joies du camping ou vacances dans les années cinquante

Et les classes. Elles restaient ouvertes la plupart du temps, la campagne dans les années soixante était un endroit sûr. Combien de fois suis-je aller traîner dans la classe de mon père en son absence ? Je garde en mémoire cette odeur, mélange de craie, de poêle à bois et de parquet ciré. Je fouillais, sans sa permission, la grande armoire au fond de la classe. J’y trouvais tout le matériel de sciences naturelles, un os de seiche, un herbier, des tubes à essais, un crâne humain-vestige du déménagement du cimetière local- qui m’intriguait au plus haut point. Je rêvais, mon esprit vagabondait, je me sentais bien. Cette classe était comme une pièce supplémentaire de la maison, elle jouxtait celle-ci.
Au fond de la cour, il y avait un tilleul, près du préau. Le grand jeu consistait à en faire le tour le plus vite possible avec une voiture à pédales. J’adorais ma voiture à pédales, c’était une DS Citroen. J’avais toute la cour pour m’élancer et cela se terminait toujours par un tonneau, sans danger, et plein d’écorchures.
Ainsi allait la vie d’un enfant de l’école.
J’appris à lire dans ces lieux, à la maison en quelque sorte. Ca facilite les choses bien que… En tant que fils de l’instituteur, j’avais une obligation de résultats. Ce n’était pas écrit mais il était de mon devoir de ne pas échouer. Je n’eus pas mon père comme enseignant, heureusement, il n’aurait pas aimé.
Je sortais de cette école fréquemment, à la rencontre des copains de classe. Nos terrains de jeux n’avaient pas de limites. Nous avions quelques lieux privilégiés, bois et champs, chemins creux. Les cabanes dans les arbres à la belle saison, une étable désaffectée quand il pleuvait, nous avions créé notre univers. Robin des bois ou Jules Verne alimentaient notre imaginaire.
Nous étions les héros d’aventures que nous fabriquions de toutes pièces, repeindre le monde à nos couleurs était notre préoccupation majeure, nous n’en avions pas d’autres. Pas de souci du lendemain, peu de nouvelles du vaste monde ne venaient parasiter nos esprits enfantins.

Ce maître d’école était mon père

Quand j’y repense, nulle nostalgie ne m’envahit, j’étais un enfant et j’ai vécu une enfance comme tous les enfants devraient vivre : insouciante et protégée.

Merci à mon père et ma mère de ce cadeau.

Texte de Gilles cochet


Le poussin est-il vitrier ?
Ma grand-mère paternelle est allée à l’école jusqu’à 8 ans ensuite elle a été placée comme servante dans une grosse ferme. Elle suivait avec attention les résultats scolaires de ses quelques 40 petits enfants et récompensant les bonnes notes d’une pièce.

Ma mère a été reçue première du canton au Certificat d’études à 11 ans. Ensuite elle a été placée elle aussi comme bonne chez un pasteur.
En rentrant de l’école je me devais de faire à mes parents les leçons qui m’avaient été dispensées.
C’était une grande joie d’être si petite, d’être déjà maîtresse et d’avoir des élèves aussi attentifs et curieux… Joie mais grande responsabilité aussi…. Mon père ne souffrait pas que j’utilise un mot, une notion, si je ne savais pas l’expliquer, il me fallait en ce cas le lendemain m’enquérir auprès de la maîtresse d’une explication et la restituer.

Un soir sur le chemin du retour (trois kilomètres à pied) je récapitulais la belle leçon de choses qui avait ensoleillé la journée : l’éclosion d’un petit poussin ; le petit poussin frêle ne pourrait pas casser la coquille s’il ne disposait pas au bout de son petit bec d’un diamant.
Un diamant comme les vitriers ont pour découper les vitres. Bien avant le moment de sortir de sa coquille par des petits mouvements involontaires et répétés, il trace du bec de légères incisions à l’intérieur de la coquille quand son heure est venue de sortir il écarte légèrement ses petites ailes et la coquille se brise.
Je rapportai la nouvelle avec passion, mais à mon grand étonnement ce ne fut pas des Oh ! d’émerveillement qui saluèrent mon exposé mais une grande colère « c’est quoi cette histoire on n’a jamais vu des diamants sur les becs des poussins, si c’est le cas il y a longtemps que nous on le saurait, si c’est une histoire bon d’accord c’est joli mais en leçon de choses on ne fait pas des histoires et puis la maîtresse elle est de la ville qu’elle fasse les leçons sur les choses des livres et de la ville d’accord mais pas pour en remontrer à nous les paysans. Tu l’interrogeras sur cette histoire de poulet et lui diras ma façon de penser ».
Le lendemain la maîtresse m’indiquait que c’était normal que mes parents n’aient jamais vu de diamants sur le bec des poulets ; en effet celui-ci tombe peu après l’éclosion…. Par ailleurs il est petit, petit peu visible à l’œil nu. Mon père fut un peu vexé… il surveillait d’assez près les corvées, rôle habituellement tenu par ma mère.
Le poussin est-il vitrier ? La question reste posée.

Récit de Christiane Soulat


Si on racontait l’école…
Monsieur Marcel Villard, instituteur fontainois retraité, nous a confié un énorme album, résultat d’un travail réalisé par les élèves du cours moyen 1ère année à l’école Robespierre en 1967.
Parmi tous les sujets traités : géographie, population, activités, travaux des champs et industries celui sur l’école a plus particulièrement retenu mon attention.
Ces enfants qui ont maintenant dépassé la quarantaine, avaient réussi grâce à leurs recherches à retracer l’histoire de Fontaine.
Nous leur redonnons la parole :

En 1775, Fontaine n’avait qu’un seul maître d’école qui ne gagnait que 30 livres que versaient ses élèves.

En 1809, l’instituteur était payé par les élèves de l’école :
20 sous par mois pour apprendre à lire (20 sous = 1franc)
25 sous par mois pour apprendre à lire et à écrire
30 sous par mois pour le calcul en plus.
Fontaine compte alors moins de 400 habitants.

En 1836 à 39, l’instituteur reçoit un salaire de 200 francs par mois, mais les élèves paient encore : 2 francs pour la première classe, puis 1,50 franc et 1 franc pour les 2ème et 3ème classe.
Il n’y avait qu’une seule classe.

En 1848, la première vraie école est construite à La Poya. C’est l’école de la Mairie ;

A partir de 1881 l’école devient laïque, obligatoire et gratuite.
Bientôt Fontaine a besoin d’une autre école, comme le quartier proche de Grenoble se peuple, c’est l’école du Pont du Drac qui est construite en 1884. Il y a plus de 1000 habitants dans la ville.
Après la première guerre mondiale 1914-1918, la population connaît une nouvelle explosion démographique en même temps que l’industrie se développe et que l’immigration, Italienne surtout s’amplifie. Fontaine se dote de deux nouvelles écoles :
en 1930, celle des Marronniers, l’actuelle Jules Ferry, en 1935, celle des Balmes. Fontaine compte environ 7000 habitants en 1936.

Après la seconde guerre mondiale, on connaît « le baby-boom » et Fontaine doit, pour répondre aux besoins construire de nouvelles écoles.
Les enfants sont encore petits, il faut les accueillir dans des écoles maternelles ;

1953 : la maternelle Danielle Casanova qui jouxte l’école Jules Ferry voit le jour.

1957 : l’école maternelle Marguerite Tavel renforce l’école des Balmes.
Une autre maternelle prend place rue des Buissonnées. Elle s’appellera plus tard Robespierre.

1959 : celle du pont du Drac se joint à l’école du même nom rue Gabriel Péri. La même année, on construit les écoles élémentaire et maternelle Paul Langevin ainsi qu’un collège d’enseignement général (hé oui ! les enfants grandissent.)

1960 : construction de l’école des Charmettes appelée ensuite Robespierre.

1963 : édification de l’école primaire Jean Macé.

1968 : l’école maternelle et primaire Anatole France est construite pour répondre aux besoins du nouveau quartier des Alpes.
Les maternelles Maurice Audin, Floralies et Elsa Triolet s’ouvrent ensuite, ainsi que deux collèges : Gérard Philippe en 1969 et Jules Vallès en 1972, et la petite école Jeanne Labourde à La Poya.

Dans les années 70, Fontaine compte environ 170 instituteurs. Depuis la population se maintient aux environs de 23000 habitants, les naissances sont moins nombreuses et beaucoup d’écoles ont connu une ou plusieurs fermetures de classe.

Enfin voici la composition de la classe de CM1 de monsieur Villard en 1967 à l’école Robespierre :

Sur 34 garçons issus de 34 familles :
7 sont à Fontaine depuis leur naissance
13 depuis plus de 5 ans
14 depuis moins de 5 ans.
18 sont d’origine italienne
1 d’origine tunisienne
15 d’origine française.

Les pères travaillent tous :
12 sont ouvriers (tourneurs, fraiseurs, serruriers, mécaniciens)
9 sont des maçons, conducteurs d’engins ou carreleurs
1 est chef de chantier en bâtiment
4 sont routiers, chauffeurs de taxi ou livreurs
1 est postier
2 sont dessinateurs, ingénieurs
5 sont de professions divers, représentants, commerçants ou employés.

Synthèse de Suzon jadeau